Butembo : le centre d'affaires des jeunes Boyomais

Publié le par journalmongongo.over-blog.com

De nombreux jeunes commençants de Kisangani vont à Butembo pour acheter des chaussures usagées qu'ils revendent dans leur ville. Ils font de bonnes affaires et s'aventurent ensuite jusqu'à Kampala, rêvant d'aller en Chine.

 

Pour les jeunes commerçants boyomais, aller à Butembo acheter des marchandises, c'est être sûr de développer rapidement ses affaires. C'est le cas de ces trois jeunes hommes commerçants ambulants de chaussures usagées. Amisi Sumaheli en a vendu pendant sept ans pour un grand du quartier à Kisangani. Il a économisé peu à peu jusqu'à avoir 100$, "ce qui m’a permis en juin 2012 de commencer a faire Butembo, explique-t-il. J'en suis au 3e voyage. Mon capital est de 250 $".

Lors de la réouverture de la route nationale n°4 (Kisangani - Butembo 805 km) en 2007, seuls les grands commerçants ou les grossistes de l’Est prenaient cette route en provenance de Dubaï et de Chine. Depuis 2010, ce commerce attire ces jeunes désormais informés qu'ils peuvent trouver en un temps record des produits manufacturés, surtout des chaussures dans les villes Beni et Butembo. Ceux qui s'y sont lancés, émergent rapidement, d'autant que les gens de Kisangani, préfèrent ces chaussures à celles vendues trop cher dans les magasins et qui ne durent pas.

Les chaussures qu'on vend 30 $ dans la rue sont dans les magasins à 60 ou 80 $. Un journaliste de Butembo constate d'ailleurs que les gens pré­fèrent les sandales fabriquées localement à celles importées, généralement de Chine.

Dans la capitale de la Province Orientale, de nombreux jeunes vendent ainsi ces chaussures aux alentours du marché central. Le soir ils vont dans des bureaux, bistros, restaurants, boutiques de la ville.

A Butembo la paire de chaussure usagée s’achète 5 $, elle est revendue 15 $ à Kisangani, voir plus. Beaucoup de jeunes restent dans cette ville pendant une longue période. Ils achètent des chaussures et les confient à des amis fiables pour aller les vendre à Kisangani. Le billet du bus revient à 50 $ et le transport de la marchandise à 0.4 $ (300 Fc) le kg.

Certains y achètent aussi, des appareils électroménagers, des habits etc. La journée ils sillonnent les marchés pour acheter les chaussures par pièce. Ils habitent à deux ou trois dans un studio loué 10$ par mois. D’autres restent chez un ressortissant de leur ville ou un membre de la famille installé dans ces villes du Nord Kivu. Ils cotisent 1000 fc chacun pour manger le soir au retour. Ici le coût de la vie est moins cher : avec 2 $ vous trouvez à manger. Une fois la marchandise réunie en grande quantité au bout de deux à trois jours, ils l'envoient à Kisangani.

"Ce trafic m'a donné une vie d’aisance. Je paie les études de mes deux petits frères, le loyer, bref je suis responsable de ma famille", témoigne Jean Makambo, ancien vendeur ambulant de ceintures à Kisangani, qui a tenté l'expérience en septembre dernier, et est fier de son changement de vie. Loin de lui l’idée de reprendre les études. Il rêve plus tôt d'acheter une parcelle et d'épouser une femme. "Par­fois l’argent de la vente à Kisan­gani, tarde à me revenir. Certains vendeur disparaissent", ajoute-t-il. Pour le chef de bureau de la FEC à Butembo, Pépé Ramazani "les commerçants viennent de partout, Bu­tembo est devenu un pool économique de l’est du pays".

Lors qu’il n y a pas de marchandise, les jeunes commerçants doivent y passer plusieurs jours et toucher à leur petit fond de commerce. Ils se rendent compte alors qu'à Kampala on trouve des articles en abondance, à des qualités un peu supérieures et moins chers. La paire de chaussure usagée s’y achète à 3$. Mais ils payent des frais de douanes élevés ce qui les décourage un peu.

"J'avais commencé en 2003 à Kisan­gani, avec 50$. En 2008 j’ai été attiré par un ami pour faire Butembo. J’ai atteint 300$, ce qui m’a permis en juillet 2012 d’entreprendre la ligne Kisangani-Kampala. J'ai 800$ de ca­pital", raconte un jeune dans le bus au retour de la capitale ougandaise. Fier d’avoir acheté une parcelle, il rêve maintenant d'aller en Chine comme les grands commerçants. Un rêve réalisable puisque le billet d'avion pour s'y rendre ne coûte plus que 600 $.

Judith Basubi

Publié dans Mongongo 70

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