Dans le camp de la secte Nzambe Lumumba

Publié le par journalmongongo.over-blog.com

Le camp de l’Eglise Nzambe Lumumba, à Yakoko (173 km de Kisangani) sur la route Opala, est aujourd’hui déserté par ses adeptes. Olumbu Efanga dit Moïse le libérateur, son chef spirituel, accusé de mêler religion et politique et de désobéissance civile a été arrêté en août et transféré à Kinshasa. Aujourd’hui les habitants craignent surtout les militaires.

 

Il est 8 h du matin ce vendredi 16 septembre lorsque nous arrivons à Yakoko, localité située à 173 km au Nord-est de Kisangani sur la route Opala, fief de “Moïse le libérateur”, Olumbu Efanga de son vrai nom, chef spirituel de l’Eglise Nzambe Lumumba (dieu Lumumba). C’est là qu’est installé des deux côtés de la route le vaste camp qui hébergeait plus de 20 000 habitants avant que Moïse ne soit arrêté par les militaires des Forces armées congolaises au mois d’août et que ses fidèles soient dispersés. Aujourd’hui le camp est calme, les hangars vides. Moïse a été envoyé à Kinshasa car il est poursuivi pour atteinte à la sécurité de l’Etat (ses adeptes s’opposent aux militaires du pays, non respect de l’emblème national, immixtion en politique), viols pour mariages avec des mineures, a souligné le ministre de l’Intérieur interpellé sur l’insécurité dans ce territoire par l’Assemblée provinciale le 21 septembre dernier.

A l’entrée du camp, un poste de garde bien surveillé, signe d’une bonne organisation sécuritaire. Tout le monde décline son identité et attend l’aval du chef pour y pénétrer. Dans la cour, des poteaux où étaient hissés les drapeaux, de son mouvement politico-religieux au centre entourés de ceux de la RDC, du PPRD (Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie), du Club Autsaï Asenga (CAA) dont Moïse est président local et du Mouvement national congolais Lumumba (MNC/L). On y voit une école primaire (EP Lumumba) et secondaire, un centre de santé, des pharmacies et un marché qui ne fonctionnent plus.

 

30 femmes

C’est le demi-frère de Moïse, Victor Okolola, qui garde actuellement le lieu. Il explique que  depuis “l’arrestation de son frère, personne ne bouge. Des champs  de 5 à 7 km  sont abandonnés à la suite de l’arrivée des militaires”. En plus de ses 12 enfants, il a du mal à nourrir toutes les femmes de son frère, les militaires lui ayant interdit toute activité religieuse et l’accès aux champs. Les adeptes eux sont partis et les dons sont rares. Les gens qui avaient déserté leurs villages pour camper à Yakoko, ont  peu à peu regagné leurs terroirs. Le long de la route, on en aperçoit de petits groupes qui partent dans toutes les directions munis de leurs bagages.

De part et d’autre de la route, des hangars accueillaient des milliers de personnes lors du culte. C’est dans une maison de deux chambres entourée de plusieurs maisonnettes où logent ses femmes qu’habitait le chef. Dans son salon, les effigies du chef de l’Etat, du gouverneur de province et de certaines personnalités de l’administration locale. Sur les murs, on peut lire : “Centre évangélique Mokano na Nzambe (la volonté de Dieu), Lumumba lumière du monde, Kimbanguisme rénové.” En 2008, Guy Lumumba se déclarant l’un des enfants de Patrice Emery Lumumba débarqua dans ce lieu qu’il n’a quitté qu’après l’arrestation de Moise. Les raisons exactes de sa présence ne sont pas connues.

Les yeux rivés sur la porte d’entrée de cette maison, tristes, les mains aux joues, les cheveux couverts, ses femmes assises chacune devant sa porte ou en groupe de cinq  à dix attendent le retour de leur mari. “Nous avons mis au monde avec notre mari, et nous l’attendons ici toute en gardant les enfants”, témoigne Solange,  une de ses jeunes épouses. L’actuel maître de lieu n’hésite à les présenter aux visiteurs.

Moïse lui même choisissait ses nombreuses femmes et les dotait selon son frère.  Les plus jeunes lui étaient offertes par ses adeptes en guise de gratitude. Une de ses femmes rencontrée au camp était élève dans une école secondaire à Kisangani. Elle était partie en 2009 en vacances sur la route Opala mais sa famille l’a emmenée à Moïse.  Agé de 50 ans, Olumbu Efanga  a 40 enfants et plus de 30 femmes (de 20 à 40 ans) indique plusieurs sources, notamment la société civile. Certaines familles de Yakoko s’opposaient tout de même aux pratiques de cette secte. “Nous avions refusé la dot qu’il nous avait proposée, la fille a fini par fuir et elle continue ses études”, témoigne Ngonde Ofafele, un habitant.

“Ces femmes  comme beaucoup d’autres adeptes ont perdu leur liberté de conscience et de pensée à cause des enseignements religieux erronés qu’elles ont reçues”, affirme Jean-Noël Ikoliaka, président de la société civile d’Opala. Ces populations nécessitent un accompagnement psychosocial car même les chefs locaux croient en Moïse comme étant celui qui est venu les libérer des forces du mal.

 

 

Les militaires inquiètent

“L’Etat doit comprendre que Jésus était de l’Asie et n’avait jamais fait le tour  du monde. Son œuvre a été propagée par ses disciples. Notre leader est arrêté.  Pourquoi nous est-il interdit de prêcher?”, se désole Victor Okolola. Dans la concession, une centaine de membres de sa famille biologique attendent le retour du gourou.

Selon Joseph Itchwama, chef  de secteur Tooli ad intérim, “comme la tête est coupée, les fidèles doivent rentrer chacun chez lui. Ils obéissaient plus à leur chef qu’à l’Etat”. D’après Ngonde, le responsable de cette Eglise tenait des propos discourtois envers le gouvernement et les autres Eglises, ses chargés de sécurité étaient brutaux.

Depuis qu’il est parti la panique liée à la présence des militaires a gagné la population. Selon la société civile d’Opala, à la suite des affrontements, certains habitants ont abandonné leurs champs pour se réfugier en brousse. Les militaires en poste sur place à Yakoko qui les encouragent à rentrer chacun dans son village commettent des exactions selon les adeptes et la société civile. Les chefs locaux sont obligés de les nourrir.

Armand Makanisi. Septembre 2011

 

Pratiques religieuses douteuses

Deuxième d’une famille de 24 enfants, Olumbu Efanga est né à Yakoko, le 17 janvier 1961. Il fut agent de l’Etat (greffier) durant 20 ans à Mayoko. “C’était un enfant poli, grand chasseur de gibier.”, déclare Efanga Otoluka, 

En 2000, il a créé la secte “Nzambe Lumumba” (dieu Lumumba) à Mayoko, pour disait-il, libérer les peuples noirs du joug de l’occident et l’a installée  à Yakoko, sa localité natale. Cette secte utilise de l’eau puisée par des petites filles dans des récipients pour “neutraliser toute force maléfique”. On y plonge la Bible, Moïse bénit cette eau et les adeptes boivent cette potion qui ferait, selon eux, des miracles. . 

D’aucuns croient à Olumbu surtout parce qu’il est venu les libérer des sorciers. Selon l’un de ses adeptes, ceux-ci œuvraient ouvertement et les gens mouraient. “Nos cimetières sont maintenant dans la brousse, nous n’enterrons plus beaucoup de monde comme par le passé”, explique  Lokake Esemaka, adepte depuis qu’on lui a attribué la mort de son jeune frère. Il fait ainsi brûler masques, peau des animaux totems ce qui ne plait pas à tous. Il combat aussi toutes les Eglises venues de l’Occident.

La secte est qualifiée de “mouvement politico-mystico-religieux”, suite à son implication dans les affaires politiques (drapeau du MNC, PPRD, insubordination face à l’administration..) Elle réunissait ses adeptes chaque samedi ainsi que  le 17 janvier et le 30 juin. Ceux-ci  venaient des territoires d’Ubundu, Isangi, Ikela en équateur, Banalia… à plus de 150km.

En 2008, le gouvernement provincial a fait signer à Moïse un code de bonne conduite suite aux manquements observés dans son mouvement. “Ce dossier est complexe suite aux interférences des hommes politiques”, affirme le ministre Christian Atama Tabe. En juillet, des militaires et les adeptes de cette secte s’étaient affrontés faisant des morts et des blessés.

Aujourd’hui cette Eglise suscite de nombreux débats dans l’hémicycle de l’Assemblée provinciale et occupe les conversations des habitants et chercheurs de Kisangani. 

Armand Makanisi. Septembre 2011

Publié dans Mongongo 45

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