Des commerçants expatriés, détaillants illégaux mais nécessaires

Publié le par journalmongongo.over-blog.com

Depuis plusieurs années, des commerçants expatriés vendent au détail au mépris de la loi qui réserve en principe le petit commerce aux seuls nationaux. Certains Congolais protestent, mais manquent de capitaux pour investir dans ces activités.

 

Sur instruction du patron, nous vendons au détail DVD, brosses à dents, paires de chaussettes, CD, torches, boucles d’oreilles, chaînettes, babouches… ”, énumère Solange, caissière dans un magasin tenu par des Chinois. “Nous vendons au détail dans tous nos magasins dans les différents coins de Kisangani”, ajoute Jolie, caissière dans un autre magasin chinois.

Dans ces magasins, le prix d’un bien est en général égal, parfois même inférieur au prix pratiqué dans le marché central par les petits commerçants congolais. Depuis 2008, l’arrivée des commerçants chinois a accentué la vente au détail par des expatriés. Ce qui inquiète certains locaux, comme cette vendeuse : “Bientôt ils vont proposer aussi du jus, comme tout congolais !” Cette concurrence n’est pourtant pas nouvelle. Avant les Chinois, depuis plus de 15 ans, des Indo-pakistanais et des Libanais faisaient déjà du petit commerce. En plein cœur du marché central de Kisangani, les Ouest-africains (Maliens, Sénégalais, etc.) vendent eux depuis plus de 20 ans des petits objets par pièce. Certains ont acquis la confiance des acheteurs pour leur franchise lors de la pesée.

Pourtant, selon maître Lelo Di Makungu, avocat près la Cour d’appel de Kisangani, “les expatriés sont considérés comme des grands investisseurs. Ils sont appelés à exercer le commerce général, donc l’exportation et importation, pas la vente au détail comme ils la font actuellement”. L’ordonnance loi N° 79-021 du 2 août 1979 complétée par l’arrêté interdépartemental N°0029/80 du 7 avril 1980 en son article 5, réserve l’exercice du petit commerce aux seuls nationaux. Et tout Congolais doit avoir une patente. Mais, sur le terrain, les expatriés font tout : importent, exportent, vendent en gros (par sac, ballot, carton ou caisse), en demi-gros et au détail. Par commerce de détail, on entend la vente de toute denrée effectuée, après déballage, article par article, ou par exemple au poids.

“Les expatriés peuvent avoir l’autorisation présidentielle pour exercer le petit commerce (loi n°73/009 particulière du 5 janvier 1973 sur le commerce modifiée par la loi n°74-014 du 10 juillet 1974). Mais, cette dérogation ne peut en aucun cas devenir une règle, moins encore une source d’abus”, insiste Maître Lelo.

 

Appliquer la loi, éviter l’insolvabilité

Le plus souvent, les autorités se contentent de faire payer aux étrangers des pénalités lorsqu’ils se démarquent des activités commerciales mentionnées sur leur numéro de registre de commerce. Gilbert Mimolo, chef de travaux à la Faculté des sciences économiques et de gestion, estime qu’il y deux poids, deux mesures : “Les expatriés sont protégés par certaines autorités et les nationaux sont sujets à des tracasseries des services publics.”

Un membre du comité de l’Association des commerçants de Kisangani (ACKIS) explique que la petite et moyenne entreprise souffre, car l’exportateur assure lui-même la distribution des produits aux consommateurs et fixe le prix sans un suivi des services de l’économie. De leur côté, les commerçants locaux ne sont pas structurés en de petites associations compétitives et manquent de capitaux. Résultat, selon un agent de la Fédération des entreprises du Congo (Fec), les commerçants nationaux achètent toujours à crédit. Ce qui pousse certains expatriés à vendre eux-mêmes directement leurs produits pour éviter l’insolvabilité.

“Exiger l’application de cette loi est une bonne chose, mais nous devons être capables de fournir ces produits manufacturiers sur les marchés à un prix abordable comme eux”, pense un économiste. “Nos commerçants n’ont pas assez de fonds pour importer de grandes quantités de marchandises. Je les vois plus importer des habits et pas des produits manufacturiers, ni de l’agroalimentaire”, observe un agent du service de l’économie.

Hortense Basea. Septembre 2011

Publié dans Mongongo 44

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