Des dépôts d’essence côtoient des habitations en toute illégalité

Publié le par journalmongongo.over-blog.com

Stocker du carburant dans les maisons ou à proximité accroît grandement les risques d’incendie. Pourtant, à cause des pénuries répétées, beaucoup de gens s’improvisent revendeurs de produits pétroliers qu’ils conservent n’importe où sans précaution. Le gouvernement tarde à réagir.

 

En mars dernier, pendant plus d’un mois, la ville a connu une pénurie de carburant. Le litre d’essence est alors passé de 1300 fc à 3500 fc (1,4 $ à 3,9 $). Depuis quatre ans, le gouvernement provincial et la SEP CONGO n’arrivent pas à maîtriser la forte demande en carburant liée à l’afflux des véhicules et à l’approvisionnement des provinces et localités voisines (Maniema, Buta...). Les ruptures de stock sont fréquentes.

La rareté a ainsi fait de l’essence un commerce lucratif. Les autorités politiques et militaires et beaucoup de gens se sont improvisés revendeurs, communément appelés Kadhafi. “Sur 494 dépôts de stockage de produits pétroliers tenus par les Ong, l’Église, les entreprises, les commerçants (Kadafhi), seuls 13 répondent partiellement aux normes”, informe la division des hydrocarbures. De nombreux autres sont des conteneurs ou des dépôts en bois, installés à côté des habitations et des cabines électriques en plein centre-ville, comme au rond-point du canon. En septembre dernier, un habitant a saisi la police pour obtenir de ses voisins (Kadhafi) un document prévoyant son dédommagement en cas d’incendie, mais sans succès. “Nous ne pouvons pas nous substituer à la société d’assurance”, a rétorqué l’un d’eux brandissant son permis de stockage.

 

Des lieux de stockages peu sécurisés

À ce rond-point, quatre petits dépôts avec 10 fûts en moyenne sont situés près d’une cabine de haute tension de la Snel, proche des boutiques et des maisons d’habitations. Trois grandes stations-services sont aussi installées dans ce périmètre. Ces petits dépôts poussent un peu partout dans les grands carrefours de la commune Makiso. On en trouve 20 aux alentours du marché central. Certains  stockent dans leurs maisons.

De nombreux incendies enregistrés ces derniers temps sont causés ou aggravés par le carburant. Selon le commandant de la police des hydrocarbures, les victimes n’avouent cependant pas la présence de l’essence dans la maison craignant d’être incriminées. “Toute la maison est avisée, nous n’utilisons jamais de lampes tempête encore moins des bougies”, se justifie Alexandre, un revendeur.

Pourtant, selon l’arrêté du ministre de l’énergie du 15 octobre 1997, le stockage des produits pétroliers en parc ou hangar, en citerne aérienne ou souterraine, doit répondre aux conditions non limitatives ci-après : infrastructures situées en dehors des agglomérations ; endroit suffisamment aéré; dispositif de sécurité et anti-incendie. Le service des hydrocarbures ajoute que, selon la loi 060 du 7 octobre 2006, la maison doit être construite en matériaux durables avec une toiture en béton armé pour éviter la propagation du feu en cas d’incendie.

 

Laxisme des autorités

Mais actuellement, le permis de stockage est délivré sans enquête préalable de la division des hydrocarbures. “Je viens d’acheter les documents me permettant de faire librement mon travail”, déclare Kirongozi, un Kadhafi. “Souvent des officiers de l’armée et de la police et parfois des politiques se font passer pour propriétaires de ces dépôts illégaux”, déclare un agent de la division des hydrocarbures. Pour Dieudonné Tungulo, chef de division des hydrocarbures, la plupart des Kadhafi stockent les carburants dans leurs maisons et aucune loi n’a autorisé ses agents à procéder aux contrôles dans ces maisons. Son service vient cependant d’initier un arrêté interdisant de stocker les produits pétroliers dans des maisons, autour des marchés et parkings. “Le conseil de ministre en a été déjà été informé, cet arrêté sera publié à la fin de ce mois de mai”, affirme Jeanne Shuwa, ministre provinciale des Hydrocarbures. En mars dernier lors de son interpellation à l’Assemblée provinciale, elle a indiqué que, parmi les gens qui ne veulent pas respecter les normes exigées dans ce secteur, on trouve les politiques et officiers militaires. “Nous avons déjà instruit la division des hydrocarbures de ne plus délivrer de permis de stockage des produits pétroliers. On ne peut pas exposer les vies humaines à cause des intérêts d’individus”, martèle J. Shuwa

Christian Uzilo

 

Publié dans Mongongo 39

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