Des domestiques obtiennent justice contre des patrons indélicats

Publié le par journalmongongo.over-blog.com

(RCN J&D-InfoSud/Syfia/Mepad) A Kisangani, de plus en plus de domestiques saisissent l’Inspection du travail pour réclamer leurs droits contres des employeurs qui ne respectent pas le Code du travail. L’ignorance et la précarité obligent d’autres employés à accepter des conditions de travail difficiles.

 

A Kisangani, depuis que certaines ONG informent les domestiques sur leurs droits, certaines n’hésitent plus à saisir l’Inspection du travail en cas d’abus de leurs patrons. Selon l’article 187 de la loi n°015/2002 du 16 octobre 2002 portant Code du travail, l’Inspection arbitre les conflits collectifs et les litiges individuels entre employeur et employé. Si les deux parties ne s’accordent pas lors de cette procédure de conciliation, la partie lésée saisit le Tribunal de travail selon l’article 300 de ce même Code.

Souvent, les patrons préfèrent ne pas en arriver là, s’entendent à l’amiable avec leurs employés et leur payent des dommages et intérêts. De plus en plus de bonnes voient ainsi leurs droits respectés. En 2011, 4 d’entre elles ont ainsi saisi l’Inspection du travail pour licenciement abusif, contre 2 seulement en 2010 et aucune en 2009. De leur côté, les Amis de Nelson Mandela pour la défense des droits humains (ANMDH), une ONG, a apporté son assistance à 5 bonnes en 2011, contre 4 en 2010. “C’est l’éveil des consciences à partir des multiples sensibilisations faites par des associations féminines sur leurs droits” ; estime Jacques Muzinga, chargé de communication des ANMDH, à propos de ces premiers résultats.

 

Droits et dignité recouvrés

Aidée par l’ONG Cliniques juridiques, Céline a, elle, saisi en août dernier l’Inspection du travail pour licenciement abusif. Sa patronne a dû lui verser 200 $ le même mois pour son indemnité et lui payer une amende 50 000 Fc (55 $). “J’ai enduré des injures et toutes sortes d’humiliations durant deux ans”, se souvient Céline, la trentaine révolue.

“Je suis très contente de cette décision en ma faveur, car mon patron, un expatrié, voulait me rouler”, se satisfait quant à elle R. Son employeur l’a congédiée en octobre dernier sans préavis, après l’arrivée de sa femme. Grâce à l’Inspection du travail, il lui a versé, là aussi rapidement, 400 $ à titre de décompte final pour avoir rompu le contrat sans la prévenir. “Je ne savais pas qu’on devait donner un préavis pour rompre un contrat conclu verbalement avec une bonne”, se défend cet ex-employeur.

D’autres patrons accusent les domestiques d’ingérence dans les problèmes familiaux et de déplacer des biens sans permission. “Je l’ai surprise plus de quatre fois avec du riz, du savon et les habits de mes enfants, c’est pourquoi je l’ai renvoyée”, explique Marthe. “La nourriture n’est pas toujours prête au retour des enfants de l’école… Elle perd tout son temps à regarder la télé au lieu de travailler !”, renchérit Henriette.

 

Signer un contrat de travail

Malgré certaines avancées dans les mentalités, bon nombre de bonnes travaillent encore sans contrat de travail, ne bénéficient ni de l’allocation familiale, ni de frais de logement ou de transports et leur salaire est souvent inférieur au seuil légal. Rares sont cependant celles qui portent plainte en cas d’abus, car elles ignorent leurs droits.

Selon le juge Bopengo du Tribunal de grande instance de Kisangani, la signature du contrat de travail est la condition première pour exercer un emploi. Ce contrat détermine le salaire, l’allocation familiale, les frais de soins médicaux, de transports, etc. Plusieurs métiers distincts font le quotidien des domestiques : jardinière, cuisinière, femme de ménage, lavandière, gardienne d’enfants… Pourtant, elles gagnent généralement moins de 30 $ par mois… “Le domestique le moins payé et célibataire ne doit pas toucher moins de 76 $ par mois. L’employeur est plutôt encouragé par la loi à payer plus”, ajoute l’Inspecteur de travail, Bunduki. En résumé, conclut Jean-Louis Alosso, inspecteur urbain à l’Inspection du travail, une bonne est une personne qui établit un contrat avec une autre pour travailler dans sa maison. Un employé comme tout autre, donc, protégé par le Code du travail.

Mais, les faibles revenus de certains employeurs et le chômage mettent souvent à mal le respect de ces droits. Et bon nombre de domestiques se font encore injurier par leurs patrons ou peuvent être chassées à tout instant. Certaines patronnes les considèrent même comme des rivales. Simon Bana, membre de la Clinique juridique, conseille aux domestiques de créer un syndicat pour mieux défendre leurs droits et se plaindre à chaque fois que ces derniers sont violés.

Maguy Libebele

Publié dans Mongongo 52

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