Des porcs abattus sans contrôle sanitaire fiable, ni hygiène

Publié le par journalmongongo.over-blog.com

Bon nombre de porcs sont abattus sans contrôle sanitaire fiable préalable dans des abattoirs de fortune de la ville. Des observateurs en appellent à la vigilance pour éviter les maladies. Peu chère, la viande de porc est en effet très appréciée des consommateurs, pas toujours conscients des risques…

 

La scène est insupportable et spectaculaire pour les âmes sensibles à l’abattoir Kalongo dans l’enceinte du marché I.A.T de la commune Makiso. Un coup de marteau sur la tête du porc et on le plonge dans une eau bouillante et sale, dans une baignoire noircie. Une fois sorti de là, des femmes et des jeunes gens lui enlèvent ses poils avec des rasoirs. Ces bêtes sont éventrées et dépecées. Trente à cinquante porcs sont tués chaque jour ici. Ils proviennent des territoires d’Isangi et de Bosoko situés en aval du fleuve. Ceux qui viennent des routes Ubundu et Opala sont abattus dans les mêmes conditions sur la rive gauche du fleuve Congo, à Lubunga.

Dans le hangar où les bêtes sont abattues, une dizaine de femmes enlèvent les poils des porcs, puis les jettent sur les matières fécales et le sang, également disséminés ça et là. Ici, les règles élémentaires d’hygiène ne sont pas de mise...

 

Pas de contrôle sanitaire rassurant

La nécessité d’obtenir une viande saine pour des raisons de santé publique ne semble pas être la préoccupation majeure. Un agent de la division de l’agriculture, pêche et élevage, se contente d’une analyse visuelle. “Je regarde si la bête ne présente pas des signes de maladies avant l’abattage. Apres, je vérifie que ces organes internes (cœur, foie, intestins)  ne présentent pas d’anomalies”, précise Katako Mwinyi, vétérinaire. Il délivre ensuite “le visa d’abattage” pour témoigner que la viande a bien été examinée et est consommable.

Certains abattent des porcs chez eux, à la maison, sans aucun contrôle sanitaire préalable. De ces abattoirs de fortune sortent des bêtes peu saines dont la viande est ensuite écoulée à bas prix. Tôt le matin, les vendeuses du marché central prennent ainsi d’assaut ces abattoirs pour se ravitailler.

Certaines bêtes, qui meurent pendant le voyage, sont souvent vendues clandestinement à un prix dérisoire. Dans certains cas, un arrangement se fait avec l’aval de certains services compétents. “Parfois, nous comprenons ces commerçants, si la bête vient à peine de mourir et qu’elle ne présente pas de signes dangereux, nous lui accordons le visa d’abattage”, reconnaît un autre agent du service de l’agriculture, pêche et élevage.

Le 13 février dernier, 17 porcs, morts après avoir consommé du carburant, ont été incinérés par le service vétérinaire. Mais, de nombreux autres échappent à ce service. Selon l’ingénieur Quadratus Mugaza, président de l’Union des paysans pour le développement de Kisangani (UPDKIS), tout porc trouvé mort doit être incinéré. Manger sa viande exposerait en effet le consommateur à certaines maladies.

 Le porc a la cote

Sur le marché 1 kg de viande de vache se vend entre 7 500 Fc et 8 000 Fc (entre 8 et 9 $). La viande de porc est presque deux fois moins chère, entre 4 000 et 4 500 Fc soit 5 $ le kilo. “J’aime bien acheter  la viande de porc pour mes enfants chaque samedi ou dimanche. Elle coûte moins chère”, explique une dame occupée à discuter le prix d’1 kg.

Plusieurs personnes élèvent des porcs, même dans les quartiers résidentiels. Moins chers et peu coûteux à nourrir, cet élevage en séduit plus d’un. Ainsi, des porcheries en bois, en planches, en dur côtoient des habitations. Les voisins se plaignent souvent des odeurs. L’UPDKIS forme  près de 250 éleveurs de la ville et a installé une pharmacie vétérinaire qui les soulage. “Quatre des mes porcelets ont d’énormes difficultés de croissance. Je suis donc venu ici acheter des médicaments et demander conseil”, déclare Mwayuma.

Christian Uzilo. Mars 2012 

Publié dans Mongongo 55

Commenter cet article