Election : la compétence avant la tribu

Publié le par journalmongongo.over-blog.com

Certains candidats affichent souvent leur tribu ou leurs origines plutôt que leurs compétences pour être élus. Les lois du pays interdisent cependant de tels discours susceptibles de déboucher sur la violence. Que pensent les acteurs politiques et analystes ?

 

Médard Wabenga, porte-parole de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS)

La crise identitaire est apparue vers les années 60 mais les colonisateurs avaient réussi à l’anéantir au profit de la cohésion nationale. Pour preuve, il y avait des gens élus dans une province qui n’est pas la leur. Dans les années 90, le régime a opté pour l’administration par les originaires. Actuellement, la plupart de cadres de l’administration publique (enseignement, santé,…) sont des originaires de tel district ou territoire de la Province Orientale, alors qu’il s’agit de la gestion de la chose publique. L’UDPS lutte contre le tribalisme, le népotisme et le choix basé sur la religion. On n’est pas élu seulement par les membres de sa tribu et on n’est pas mieux servi que par eux. Les candidats doivent bannir ce discours et parler du changement de mentalité.

 

Député, Jean-Florent Ponde, secrétaire exécutif fédéral intérim du Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD)

Le clivage entre originaires et non originaires est un vieux discours. On prône l’effort de tous pour la reconstruction. Kisangani est une ville universitaire et cosmopolite où on trouve toutes les ethnies. A Kingakati [ferme présidentielle à la périphérie de Kinshasa, Ndlr], après notre congrès, le président de la République nous a invité à la discipline du parti, à la cohésion et la détermination. En mai dernier, quand l’un de nos cadres avait déclaré que les non originaires doivent aller dans leur province d’origine pour se faire élire, nous avions condamné cela. D’ailleurs sur notre liste des candidats et de leurs suppléants, il y a des Congolais d’autres provinces qui ont servi cette ville et notre parti. Dans la fédération du PPRD, il y a des cadres non originaires. Le coordonnateur de la majorité présidentielle (MP) est du Maniema.

 

Docteur Simon Bokongo, président fédéral de Mouvement de Libération du Congo (MLC)

L’Eclairage public de la ville et le goudron autour du marché central ont été construits sous le mandat des gouverneurs non originaires. C’est l’œuvre d’un gouverneur originaire du Maniema. Il n’y a pas une seule tribu, commune ou Eglise qui peut élire un député. Cette vision ne va pas aider Kisangani à aller de l’avant. Si la province n’est pas développée, ce n’est pas parce qu’on est originaire ou non originaire mais plutôt par la non observance des règles de gestion républicaine.

L’appartenance à tel district, territoire ou province ne suffit pas pour devenir un bon chef. Nous prônons la compétence, la crédibilité, l’éthique et la morale dans la gestion. Le MLC va produire à Kisangani des députés d’autres provinces.

Ne pas croire que la seule appartenance à une région suffit pour devenir un bon chef.   

 

Benoît Kuda, politologue à l’Unikis

Cette question d’identité est une réalité non seulement politique mais surtout sociale. La tribu est la référence de solidarité pour ceux qui quittent les villages pour la ville. En 2006, il y avait des associations tribales qui ont plus influencé le choix des candidats par leurs  bases. Les rencontres tribales sont remarquables dans les différentes annonces dans les médias en cette période électorale. Les populations ont voté sur la base de cette solidarité. Même au niveau national, les dirigeants des partis politiques font le choix des autochtones pour être candidats dans leurs milieux respectifs. Si la population se base sur la tribu ou l’ethnie, elle ne votera pas pour les compétences. Il faut tenir compte des compétences intellectuelles et du projet de société. Le discours politique est toujours hypocrite. Nous allons nous dépasser en disant si on vote la tribu, on vote la médiocrité.

Hortense Basea. Septembre 2011

Publié dans Mongongo 44

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