Faire de la prison pour injure publique

Publié le par journalmongongo.over-blog.com

(RCN J&D-InfoSud/Syfia/Mepad) Aidés par des avocats, de plus en plus gens portent plainte au tribunal pour injure publique. Les coupables écopent de peines de prison et d’amendes. Ils deviennent ensuite des ardents défenseurs de la politesse…

 

“Je n’insulterai plus personne de mon vivant !”, promet Victorine, la trentaine révolue. Les larmes aux yeux, cette jeune femme au teint clair regrette d’avoir passé neuf jours à la prison centrale de Kisangani en juillet dernier pour avoir notamment traité en public sa voisine de “vilaine” et d’“illettrée” et promis de coucher avec le mari de celle-ci. Elle a en outre dû payer une amende de 50 000 Fc (55 $). Une double sanction qui l’a fait réfléchir : “Je ne savais pas que l’injure était une infraction. J’ai souffert en prison…”

Ces dernières années, de plus en plus d’habitants de Kisangani portent plainte pour injure publique. Les coupables écopent de peines d’emprisonnement. Le registre du Tribunal de paix de Makiso indique 20 cas pour le premier semestre de l’année en cours. Parmi eux, 12 ont été classés sans suite et les 8 autres ont donné lieu à des emprisonnements et à des amendes. Des chiffres stables par rapport à ceux de 2010, où 40 plaintes avaient été enregistrées, avec à la clef 22 emprisonnements et des amendes allant de 10 000 à 50 000 Fc (11 à 55 $).

Les victimes vont aujourd’hui plus facilement à la police et, dans une moindre mesure, au tribunal. Au commissariat du marché central, on signale une à deux plaintes par jour, surtout de commerçantes. Les citoyens sont mieux informés sur leurs droits grâce à la présence en ville de nombreux avocats et défenseurs judiciaires depuis la formation en 2005 de juristes par l’université de Kisangani. Ce que confirme Fidèle Muya, président du Tribunal de paix de Makiso, qui définit l’injure comme le fait de porter atteinte à la moralité d’une personne par des expressions blessantes, outrageantes, par mépris ou invective. L’article 75 du Code pénal livre II punit ainsi de huit jours à deux mois de prison cette infraction avec des amendes qui peuvent aller jusqu’à 100 000 Fc (110 $ environ).

 

Injures banalisées

“Jeunes, garçons et filles, cessez les injures, la loi punit cela sévèrement !”, prévient à qui veut l’entendre Boniface. Ce sexagénaire a passé six mois fermes à la prison centrale pour avoir insulté publiquement une autorité de la place : “voleur, dormeur”. “Je ne savais pas. J’ai peiné en prison…”, dit-il, lui aussi.

Certaines personnes ont l’injure facile dans la rue, le lieu de service, au marché, stade, sur les lieux de deuil, dans les parkings et autres lieux publics. Au moindre accident de la route, on se lance des invectives. Les gens profitent même de cérémonies coutumières pour s’injurier publiquement. Ce comportement tend à se banaliser alors que la loi le réprime. Certains observateurs l’expliquent par le relâchement des mœurs.

“C’est un défoulement des problèmes accumulés, des guerres, crises économiques, chômage, etc. L’éducation des enfants est quasi inexistante, parce que les parents sont toujours absents de la maison”, observe Fidèle Mboyo, professeur de psychologie à l’université de Kisangani. Il demande à l’État de veiller à ce qui se dit dans les radios et les télévisions. Le professeur Frédéric Lokanga, sociologue, recommande, lui, d’“insister sur les leçons de morale dès l’école maternelle”.

Maguy Libebele /Novembre 2011

Publié dans Mongongo 51

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