Honorie Otonon : femme, bossue et politicienne convaincue

Publié le par journalmongongo.over-blog.com

(Syfia Kisangani/Médias pour la paix et la démocratie) En Province Orientale, courageuse et ambitieuse, Honorine Otono a étudié avant de s’impliquer dans le monde associatif et de s’engager en politique. Bossue, elle se présente comme la candidate des sans-voix et souhaite défendre leur cause.

 

Faire de la politique pour donner la parole aux sans-voix. Ces dernières semaines, Honorine Otono, bossue de son état, est passée d’église en église annoncer son intention de devenir députée. “J’en ai aussi parlé aux agriculteurs et aux associations de personnes vivant avec handicap.” En 2006, déjà candidate, elle avait crée la surprise. Sur la vingtaine de prétendantes à la députation provinciale pour la ville de Kisangani, elle était ainsi arrivée la deuxième avec 2 600 voix. Cette année, les dernières tendances indiquent qu’aucune femme ne serait élue dans la circonscription de Kisangani.

Pas de quoi décourager Honorine qui s’inspire de Kirikou, un dessin animé qui relate l’histoire d’un minuscule garçon qui parvient tout de même à sauver sa communauté grâce à ses idées et à son énergie : “Moi aussi, je peux sauver les miens en faisant de la politique. Je dois réussir à hausser le ton et plaider pour la vie sociale des Boyomais.” Début 2012, Honorine sera donc à nouveau candidate, cette fois ci à la députation provinciale. “Je suis convaincu qu’elle se défendra mieux lors de ces élections”, pronostique le ministre Jean Claude Esuka, porte parole du gouvernement provincial, issu du Mouvement social pour le renouveau (MSR) auquel appartient Honorine.

Depuis l’enfance, Honorine Otono, 40 ans, devenue une des trois universitaires de sa famille de 8 enfants, est habituée à persévérer. Elle a d’abord su dissiper les réticences de sa mère qui craignait de l’amener à l’école de peur que les autres enfants se moquent d’elle. Son père, lui, a semble-t-il toujours cru en elle et l’a encouragée à étudier. Petite, elle faisait donc plus de 10 km pour aller à l’école primaire à Isangi. Mais, à la mort de son papa, aucun membre de sa famille ne s’est plus occupé d’elle : “Je n’ai pas étudié pendant un an.” Entre temps, elle a vendu des bananes plantain et des cacahuètes au marché central. “Les mamans de la friperie se souviennent encore de moi lorsque je passe aujourd’hui.” En mettant ses petites économies bout à bout, elle réussi à retourner sur les bancs de l’école. Elle fait alors 3 à 5 km à pied chaque jour pour aller au lycée. Son courage fini par être récompensé, puisqu’elle termine parmi les premières de sa classe, ce qui pousse des prêtres à financer la suite de ses études. Elle termine ainsi son graduat en gestion des institutions de santé en 1996.

 

Révoltée par l’injustice

Administratrice gestionnaire de la zone de santé de Pawa dans le district de Haut Uélé, elle devient ensuite caissière au centre Simama pour des personnes handicapées, puis assume la même fonction à l’ONG Handicap international. Jean Moma, administrateur gestionnaire du centre Simama reconnaît les mérites d’Honorine à défendre les handicapés quand ils sont malades ou en deuil… “Elle entre dans n’importe quel bureau pour chercher un soutien à celui qui est en souffrance.” Il admire aussi sa capacité à inciter ses semblables à s’unir au sein des associations. Rose Mbochi, gérante du restaurant tenu par l’Association des mamans handicapées pour le développement (AMAHD), parle, elle, d’une femme qui ne garde pas de rancœur. Résolument entreprenante, Honorine a crée et coordonne AMAHD, une structure sociale qui dispose aussi d’un centre de santé avec un tarif bas pour les handicapés.

Honorine bénéficie régulièrement de formations organisées par le Collectif des femmes (COF) et d’autres structures spécialisées. Forte de son expérience dans les organisations de la société civile, elle a embrassé la politique avec conviction. Pour elle, la couture, la cordonnerie, ou la menuiserie, que font souvent les handicapés, ne suffisent pas. Elle cultive donc du riz et du manioc sur un champ de 7 hectares à environ 15 km en aval du fleuve Congo. A terme, elle souhaite créer ici une ferme agricole pour lutter contre la pauvreté. “Je présenterais ces réalisations aux électeurs pendant la campagne (à la députation provinciale, Ndlr)”, envisage-t-elle.

Un défi de plus qui ne surprendra sans doute pas les gens qui côtoient cette femme déterminée et lui reprochent parfois d’être agressive dans son langage. Défaut qu’elle assume comme sa façon à elle de combattre l’injustice, le rejet, la discrimination dont sont souvent victimes les personnes handicapées.

Hortense Basea

Publié dans Mongongo 51

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