Kisangani mange les œufs produits en Ouganda

Publié le par journalmongongo.over-blog.com

Depuis l’ouverture de la route nationale 4 Kisangani-Beni-Bunia, la ville consomme les œufs produits à l’Est du pays ou en Ouganda... Les éleveurs locaux qui manquent de moyens et d’électricité ont bien du mal à rivaliser. Aucune grande unité de production n’a encore vu le jour.

 

La vente d’œufs de poule est devenue une bonne affaire en ville depuis qu’ils arrivent régulièrement d’Ouganda ou des villes de l’Est (Beni, Butembo). Des jeunes gens sillonnent les rues, bars, magasins, écoles, universités avec des plateaux d’œufs bouillis ; des femmes grillent des omelettes aux carrefours. De nombreuses gargotes sont nées aux coins des rues, à côté des bureaux des services publics où, tôt le matin, les clients déjeunent avant de se rendre au service ou à midi. Certaines femmes circulent avec des omelettes et des pains dans les bureaux. Un œuf cru coûte 150 fc, bouilli il est vendu 200 fc par les jeunes commerçants ambulants et en omelette 300 fc. Micheline Mungesi, tenancière d’une gargote fait ainsi 5 $ de bénéfice par jour.

Un plateau de 30 œufs s’achète à 1 $ en Ouganda et est vendu à 5 $ sur le marché local. Ces œufs vont jusque dans les villages. “Ils sont placés dans des caisses qui contiennent 48 plateaux de 30 œufs, embarqués dans des camions”, explique Esther Losilo, vendeuse au marché central. Voyageant à température ambiante, ces œufs sont ensuite vendus en plein air sous le soleil. “Je vends près de 40 000 œufs en deux semaines” souligne Jean-Jacques Kombozi, secrétaire exécutif de l’Association des vendeurs d’œufs de Kisangani créée en février dernier.

L’œuf de poule de race locale vaut deux fois plus cher que l’œuf importé : 300 fc. Mais les éleveurs locaux n’ont pas perdu totalement le marché. Ainsi les hôteliers préfèrent les œufs locaux à ceux importés plus frais et dont le jaune est plus foncé. Ceux qui restent au chaud longtemps ont un jaune beaucoup plus clair. Mais la production est insuffisante pour satisfaire la demande car il n’y a aucun gros éleveur.

 

Moyens de production coûteux

Sur place, aucune production d’envergure commerciale n’est faite. Idris, un des plus grands fournisseurs d’œufs aux hôtels et aux expatriés avec une centaine d’œufs vendus chaque jour, installé depuis 2006 au PK 8 sur la route de l’aéroport de Bangboka, a récemment fait faillite. Il ne lui reste que 30 de ses 250 poules. “C’est une épidémie qui nous frappe presque chaque année entre le mois d’avril et juin”, dit-il avec amertume. Ses poules pondeuses plus fragiles que les races locales et sont mortes en dépit des vaccins.

Faute du courant électrique, il utilise quatre générateurs électriques pour faire fonctionner sa couveuse fabriquée localement. Il n’a pas le choix. “Le manque de stabilité du courant électrique, de couveuses, de vaccins… bloque les éleveurs des volailles”, témoigne Jacques Kabeya de l’Institut Facultaire Agronomique de (I.F.A/ Yangambi). Jean Chrétien Indani, conseiller au ministère de l’Agriculture et élevage, constate que la population ne considère pas l’élevage comme un métier.

Les éleveurs affirment manquer de moyens de production car l’élevage des volailles est très exigeant et ils n’ont pas accès à des crédits. “Nous n’avons pas de centre local de production de poussins. Importé de Kinshasa, un poussin de 21 jours coûte 3.5 $”, souligne Kadiadus Mungaza, président du Réseau des éleveurs du Congo (REC).

“Pour qu’une poule ponde un œuf par jour, il faut qu’elle consomme quotidiennement au moins 120 à 130 g d’aliment: essentiellement du poisson, des chenilles, du riz, termites, maïs, arachides…”, explique l’ingénieur Kinzonzoli, ancien éleveur de volailles. Selon lui, le coût de production étant élevé, il est difficile de vendre un œuf à moins de 500 fc. C’est pourquoi il y a moins d’éleveurs amateurs professionnels qu’amateurs qui préfèrent les poulets de chair moins exigeants que les poules pondeuses.

Natacha Kongolo

Un aliment riche en protéines

Un œuf de poule contient deux éléments comestibles, le blanc et le jaune. Il est un aliment riche en protéines d’excellente qualité, contient les huit acides aminés essentiels à la croissance et à l’entretien du corps humain. Le jaune d’œuf est l’un des rares produits naturels à contenir de la vitamine D. Mais, contrairement aux rumeurs qui disent que seul le jaune est important, le blanc aussi est précieux. Il est souvent appelé «Protéine de référence» car ses protéines sont assimilables à 100%. Ceux qui ont trop de cholestérol doivent cependant faire attention à ne pas manger plus de deux ou trois œufs par semaine.

P.M.

 

Publié dans Mongongo 40

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