L’eau potable, inaccessible ou trop coûteuse

Publié le par journalmongongo.over-blog.com

La ville a beau être entourée d’eau, celle-ci y est une denrée rare, surtout dans les nouveaux quartiers non raccordés à la Regideso. De très nombreux habitants doivent se contenter de l’eau des puits, du fleuve, des étangs que les femmes vont souvent chercher loin. Non potable, elle cause de nombreuses maladies.

 

Il est 6 h du matin à Mokaria dans le quartier Monga, aux confins de la commune Kabondo. Des femmes et des jeunes filles attendent patiemment leur tour pour puiser de l’eau à la source appelée «Mayi ya Masele», sous des arbres entourés d’herbes. À l’aide d’un gobelet, elles remplissent leurs récipients. Au même endroit, ces femmes font la lessive et la vaisselle. Dans ce quartier de plus de 7000 habitants, il n y a que deux sources et deux bornes-fontaines. «Pour puiser de l’eau, il faut traîner plus de 30 minutes dans la file. Il n y a aucun robinet dans ce quartier», explique Rocky Bosunga, le chef adjoint du quartier.

«L’eau propre c’est trop loin ! Nous consommons seulement l’eau du puits. Nos enfants ont des diarrhées», se plaint Yalomongo Bula, rencontré sur l’avenue Kokonyange dans la commune Mangobo.

Plus loin, à Motumbe quartier nouvellement loti dans la commune Makiso, il n’y a qu’un seul robinet pour plus de 1000 habitants. Les sources sont à plus de deux kilomètres. «Il me faut 6 à 7 tours par jour à la source pour remplir mes récipients» déclare Marie Misenga, une ménagère, qui pour diminuer cette corvée, affirme, utiliser «l’eau impropre des étangs piscicoles pour la vaisselle, la lessive et se laver».

Au quartier Wagenia, dans la commune Kisangani cette fois, la population se sert de l’eau du fleuve pour la cuisson, la lessive, la vaisselle, se baigner et aussi se soulager... 

Les eaux du fleuve, de la rivière Tshopo, les sources, les puits, les étangs, les bornes-fontaines… les habitants de Kisangani qui n’ont pas accès à l’eau de la Regideso vont chercher le précieux liquide là où ils peuvent. Un combat quotidien pour de l’eau qui n’est pas contrôlée et souvent de piètre qualité sanitaire.

 

Peu de robinets de la Regideso

Robinet-copie.jpgPas moyen de faire autrement surtout dans les quartiers périphériques où il n’y a pas de raccordements à la Regideso. Ailleurs les abonnés sont peu nombreux. Dans le quartier Kolwezi qui compte plus de 11 000 habitants, seuls 7 habitations ont un raccordement à l’eau. «Dans ces robinets, l’eau ne coule qu’une fois en 3 mois. Elle est en plus sale car les tuyaux sont rouillés», explique un commis. Souvent plusieurs personnes viennent s’alimenter au robinet d’un particulier. «Je suis la seule personne à pouvoir accepter que ceux qui n’ont pas de robinet puissent venir s’alimenter ici, mais ils me rendent la tâche difficile avec les retards de payement des factures», explique Claude Basandja.

Ceux qui avaient la chance d’avoir un robinet chez eux ont aujourd’hui des difficultés à payer leurs factures depuis que la Regideso a augmenté ses tarifs et procédé au recouvrement forcé des factures. L’eau a été coupée chez beaucoup de gens. «J’ai 28 locataires et tous utilisent un seul robinet sans compteur depuis dix ans, coupé parce que je n’ai pas pu payer. La facture du mois a presque triplé : je payais 30.000 Fc de janvier à juillet depuis c’est 85.288.72 Fc, explique Otolito Bosmile, habitant le centre-ville. Mes enfants vont jusqu’à plus de 3 km (à Kikongo) à vélo pour puiser de l’eau à boire. Un simple fonctionnaire de l’Etat que je suis-je ne gagne pas assez d’argent pour honorer une telle facture.»

 

Maladies hydriques

Contraints de boire de l’eau non traitée et souvent polluée, les habitants sont sujets aux maladies hydriques. «Ces eaux des puits, des étangs piscicoles provoquent la diarrhée, le choléra…», rapporte le docteur Lobo Bobe. «Les malades que nous recevons, souffrent de maladies du ventre dues aux ankylostomes, aux ascaris, aux amibes, trichocéphales que contiennent ces eaux», déclare Swedi Sembe, laborantin à hôpital de la SNCC à Lubunga.

Cependant, dans certains quartiers, les populations prennent conscience de ces risques et s’associent pour purifier ces eaux impropres à la consommation. «Chaque parcelle cotise 300 Fc par mois pour l’achat des comprimés de chlore pour purifier l’eau avant l’utilisation», témoigne Jean Fundi, résidant dans le quartier Simisimi dans la commune Makiso. «Les populations peuvent utiliser les purifiants d’eau PUR, un sachet en poudre pour 10 litres d’eau ou aquatabs, un comprimé pour 20 litres d’eau claire. Et bien conservés dans un récipient pour éviter la ré contamination» explique Titiane Selego, coordonnatrice de l’Association pour la Santé Familiale (ASF). Mais tous n’ont pas les moyens. «Je n’ai pas l’argent pour payer chaque fois pour puiser de l’eau à la borne fontaine, je consomme l’eau de puits, explique une femme qui habite une des nouvelles cités. Et après, moi et mes enfants nous prenons deux comprimés de vermox, c’est tout.»

Lyly Bendea et Natacha Kongolo

Publié dans Mongongo 27

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article