L’enjeu électoral est le développement économique local

Publié le par journalmongongo.over-blog.com

A Isangi, territoire situé à 128 km au nord-est de Kisangani, les medias et la société civile multiplient les appels à la population pour un vote utile qui favorise le  développement économique local. Certains candidats apprécient peu qu’on aide les électeurs à choisir judicieusement et menacent les sensibilisateurs.

 

Depuis début octobre, les organisations de la société civile multiplient les émissions et les tribunes d’expression populaire (TEP) dans les marchés, églises, carrefours, écoles… pour inciter la population à faire un choix judicieux le 28 novembre prochain. “En 2006, nous avons voté pour la paix mais, en 2011, nous devons voter pour le développement local” dit Jules, un activiste des droits de l’homme aux commerçants du marché Ligasa lors d’une TEP. En effet, les habitants ont le sentiment que, pendant les cinq dernières années, le territoire ne s’est pas développé. “Les candidats viennent nombreux et nos yeux sont déjà grandement ouverts”, réagit au téléphone D., un  habitant au cours de l’émission Les élections et nous de la Radio télévision Bondeko d’Isangi (RTBI). “Nous devons choisir entre cinq ans de bonheur ou de malheur” souligne Charles Gelongo, animateur en éducation civique et électorale à la Caritas dans une émission le samedi 16 octobre à la RTBI.

La commission Justice et paix de l’Eglise catholique, la Caritas, les bureaux des coordinations de la société civile du territoire, des secteurs et chefferies appellent la population à choisir les dirigeants capables, qui, une fois au pouvoir, répondront à leurs aspirations. Elles invitent la population à éviter toute violence pendant la campagne électorale, le jour des scrutins et lors de la publication des résultats. “Voter dans la paix pour le développement”, dit Charles aux élèves de l’école CODIS.

 

Synergie médias et société civile

 La société civile distribue des dépliants et des affiches contenant le résumé de leur message. Ces émissions sont très suivies par les auditeurs qui réagissent au téléphone parfois en tenant des propos menaçant à l’endroit des candidats. “Nous n’allons voter que pour les candidats qui ont une vision claire sur le problème de l’enseignement”, dit Emanuel, élève finaliste. Dans les bureaux de l’administration, les discussions matinales portent essentiellement sur le sujet de l’émission du soir. “Nous avons compris que le peuple n’est plus naïf mais nous devons l’accompagner jusqu’aux élections pour espérer le résultat escompté”, souligne Perez Bolengelaka de l’Ong Jeune Plus.

Les radios ne lésinent pas sur le temps d’antenne. “Nous n’avons pas un programme systématique, c’est l’intérêt de la communauté à être informée qui compte”, indique Sylvain Loula, rédacteur en chef de la radio communautaire Mabele (à Tolau, 60 km). Les radios communautaires relayent aussi les émissions produites par les médias et associations de la ville de Kisangani avec l’appui de l’Ong canadienne Développement et Paix sur les élections.

Les journalistes et les animateurs des Ong proposent  aux électeurs des questions pour connaître la vraie motivation du candidat à faire de la politique : son passé, son projet de société, l’origine de l’argent qu’il utilise pour faire des dons. “Ce sont là les techniques qui nous permettront d’élire les dirigeants qui peuvent promouvoir notre système éducatif, améliorer la santé, développer l’agriculture et réhabiliter nos routes de desserte agricol”, déclare la sœur Marie-Madeleine Bofoe, directrice de la Caritas.

 

Menaces contre les acteurs de la société civile

La circonscription électorale d’Isangi compte 96 candidats députés nationaux pour trois sièges. Cette sensibilisation est mal perçue par certains candidats et les membres de leurs quartiers généraux. “Je vous ai suivi à la radio mais vous nous tuez par vos sensibilisations”, déclare un candidat dans un débit de boisson à un membre de la société civile. En septembre dernier, Perez Bolengeleka a reçu des menaces au téléphone après son intervention à la radio. “Un visiteur inconnu m’a promis la mort si je continue à parler des élections”, témoigne-t-il. Une semaine auparavant, un agent du district de la Tshopo en mission à Isangi, a reproché au directeur de la RTBI d’avoir critiqué les Cinq chantiers (programme du gouvernement) lors d’une émission. Ce que ne reconnaît pas Léonard Batongo, le directeur qui a participé à cette émission. “Limitez-vous à parler de l’assainissement”, a conseillé l’agent du district. Certains observateurs mettent en garde les médias contre la diffusion des propos bruts de certains intervenants et émissions enregistrées.

Joseph Bassay/Octobre 2011

Publié dans Mongongo 47

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