L’huile de palme fait revivre Lokutu

Publié le par journalmongongo.over-blog.com

Les nouvelles plantations de la société d’exploitation du palmier à huile au Congo (PHC) à Lokutu, à 250 km en aval de Kisangani dynamisent la cité. Mais l’absence d’huile sur le marché local mécontente les habitants qui réclament aussi des écoles, ponts...

 

Depuis fin 2010, la société d’exploitation du palmier à huile au Congo (PHC) a accru sa production à Lokutu, cité à 250 km en aval du fleuve dans le territoire de Basoko. Elle renouvelle progressivement ses équipements après la crise accentuée par les années de guerre (1998-2003). Plus de 500 agents, trois fois plus qu’entre 2002 à 2008, sont utilisés dans les nouvelles plantations. La cité revit.

De 4 h du matin à 23 h, les maisons des responsables de l’entreprise, des chefs de l’administration publique, la paroisse sont électrifiées par un grand générateur. Les bistrots fournissent de la bière froide et les gens regardent la télé. De nuit comme de jour, les véhicules vrombissent. “Il y a deux ans, nous n’avions ici qu’un seul véhicule aujourd’hui on en compte une dizaine pour sillonner les zones où se trouvent les plantations”, souligne le chef de cité de Lokutu, Jérôme Epis Lombo. Ils transportent aussi certaines autorités.

Les nouvelles plantations s’étendent entre Lokutu et Mosite séparés de 25 km. Chaque matin, les populations font la navette entre la rivière et les pépinières de Mosite pour arroser les jeunes plants. “Nous sommes très contents de l’accroissement des activités”, se réjouit Bernard, un travailleur. L’ambiance est la même à Lokumete, une autre succursale. Cependant les plantations n’ont que deux ans et la production d’huile n’est pas encore très rentable indique un syndicaliste.

 

À couteaux tirés avec la population

L’entreprise cohabite cependant difficilement avec la population. Les nouvelles plantations occupent les forêts jusqu’alors cultivées, les obligeant à aller plus loin. Dans cinq villages, “les habitants n’ont pas d’espace pour cultiver car la société a dépassé les limites”, s’indigne le chef de secteur de Lokotu, Jean Pierre Mefela.

La compagnie PHC donne à ses travailleurs 5 à 15 litres d’huile par mois. Pratiquement tout le reste de la production est exporté à Kinshasa. Les gens de la région ont du mal à s’en procurer. Sur le marché l’huile est rare et la vente très surveillée pour lutter contre le vol des noix de palme. Selon le chef de cité, un marché noir appelé Singa Mangele est implanté à la périphérie. “Les gens viennent de Kisangani et d’ailleurs pour acheter l’huile frauduleusement”, précise-t-il. “Nous sommes arrêtés si on nous voit avec un bidon d’huile”, indique Beligo, un habitant qui en transporte quatre sur son vélo pour Kisangani. En juillet et août dernier, près de cinq personnes auraient été envoyées au parquet de Kisangani. Une information non confirmée par le chef de Cité Bandu. Aussi, les gens qui vendent cette huile préfèrent le faire ailleurs. Le chef de secteur de Lokutu estime lui surtout que la société n’encourage pas le développement local : “Notre école est prête à tomber, le vent a emporté les tôles de mon bureau et le pont en plein village est délabré, la société fait sourde oreille.”

 

Des cantines et jeunes plants pour la population

Selon lui, il existait auparavant des cantines communautaires pour se ravitailler en huile de cuisine et des produits manufacturiers. Il y a deux mois, il a écrit à la société pour demander la vente d’huile et la distribution des jeunes plants à la population. La paroisse catholique de Lokutu a planté deux hectares de palmiers il y a deux ans. “Les noix seront transformées par la société et notre part sera vendue aux communautés locales”, indique l’abbé Jean Claude Bafengo, curé de la paroisse.

À Imbolo, la Busira Lomami, une autre compagnie d’huile de palme à 100 km de Lokutu de 100 km dans le territoire d’Isangi a une cantine de vente d’huile et distribue presque chaque année des plants aux populations riveraines. “Cette politique nous a permis de réduire de 70% le pillage de nos plantations par les populations locales”, informe un chef de plantation de la Busira.

Joseph Bassay. Septembre 2011

Publié dans Mongongo 44

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