Le lotoko détruit les hommes et leurs familles

Publié le par journalmongongo.over-blog.com

Dans la commune Lubunga, le lotoko fait des ravages. Des hommes en boivent du matin au soir négligeant le travail et leurs familles. Beaucoup se ruinent la santé. Mais l’autorité peine toujours à interdire cette vente.

 

Dans le petit marché dénommé “parade” au quartier Maniema dans la commune Lubunga sur la rive gauche du fleuve Congo, la vente de l’alcool indigène Lotoko (nommé “Intervention rapide” ou “demi-Dakar” car il enivre vite) se fait au grand jour. Ici, chaque matin, des femmes, en majorité des épouses ou veuves des militaires, viennent en vendre dans des bidons de 20 litres.

D’autres femmes qui tiennent de petits nganda dans les quartiers s’y approvisionnent. Certains hommes y prennent le déjeuner (une gorgée…) avant d’aller au service, d’autres passent de longues heures à boire à 50 fc la mesure et oublient de travailler. Tôt le matin, ils circulent déjà, dégageant une odeur d’alcool qui dérange souvent leurs interlocuteurs. Des jeunes oisifs s’y invitent également.

Le lotoko est une boisson obtenue par distillation du maïs et du riz. Elle contient plus de 50% d’alcool, 10 fois plus fort que la bière Primus. Une bouteille se vend à 500 Fc, deux fois moins chère que la Primus. C’est son bas prix qui attire ceux qui veulent vite s’enivrer vite à moindre frais.

Certains pères abandonnent leur foyer pour se saouler avec le peu qu’ils gagnent. “J’arrive chaque jour à 5 h du matin pour ne rentrer que le soir”, déclare l’un d’eux avec son gobelet de lotoko en main. Il paraît amaigri et tousse toutes les cinq minutes. “Je n’ai pas de boulot. Je passe mon temps ici pour fuir le bruit des enfants”, déclare Jacques Bosoku trouvé au marché “parade”. “J’enregistre des plaintes des femmes qui viennent accuser leurs maris d’abandon de famille”, explique Marcel Lokolomba, chef de quartier Basoko dans la commune Lubunga,

 

Le lotoko détruit la santé

Souvent les consommateurs de cette boisson ne s’alimentent pas correctement. Ils paraissent amaigris et fatigués, incapables de vendre leur force de travail. Cirrhose du foie, tuberculose, malnutrition sont enregistrés. “Cette année, nous avons déjà plus de 60% de cas de cirrhose de foie d’origine alcoolique et des cas de coma éthylique causés par la consommation sans contrôle de lotoko”, explique le docteur Alex Ibanda, chef de staff de l’Hôpital général de Lubunga. Certaines personnes qui développent une dépendance à l’alcool, présentent des troubles de comportement : ils titubent et chantent dans les rues. “Nous avons un collègue qui paraît malade s’il ne prend pas sa cure de lotoko toute la journée”, ajoute le docteur Alex. Au risque de se détruire la santé car les boissons distillées artisanalement contiennent souvent du méthanol qui peut rendre aveugle ou même tuer.

Mais les autorités n’arrivent pas à interdire la fabrication et la vente de cet alcool. Les femmes qui le vendent allèguent souvent que cela leur permet de prendre en charge leur famille en l’absence de leurs maris au front, décédés ou sous payés. “Ma vie c’est le lotoko. J’ai plus de cinq enfants dont quatre diplômés d’Etat que je scolarise et nourris depuis plus de 25 ans grâce à ce commerce”, témoigne Madeleine Ofona, vendeuse et épouse militaire rencontré au marché “parade”.

Selon Marcel Lokolomba, chef de quartier Basoko dans la commune Lubunga, la vente d’alcool indigène est interdite. “En juillet dernier, nous avons saisi des bidons des vendeuses pour suspendre ce marché mais elles s’entêtent. L’Etat ferme seulement les yeux”, déplore –t-il. “Difficile d’éradiquer le phénomène car certains agents de l’ordre en sont les premiers consommateurs” regrette Olivier Katanga bourgmestre de la commune Lubunga.

 

Hortense Basea/Novembre 2011

 

Publié dans Mongongo 49

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