Le port de l’Onatra n’est plus que l’ombre de lui-même

Publié le par journalmongongo.over-blog.com

Depuis plus d’une décennie, le port de l’Office national de transports de Kisangani se meurt. De très rares bateaux y accostent et ceux qui assuraient le trafic sont tous en panne. Les agents qui vieillissent, fondent leur espoir sur les investisseurs privés depuis que l’Onatra a été transformé en société commerciale.

 

Dans le port public de la Société commerciale des transports et des ports (ex Office national des transports, Onatra), la vie s’est arrêtée depuis longtemps. Les grosses grues sont immobiles et rouillées, un quai est en ruine, les herbes poussent. Aucun docker ne s’active à charger et décharger les barges. Aucune indication de la nouvelle dénomination “Société commerciale de transport et des ports” (SCTP), intervenue en décembre 2010, sur les murs.

L’exploitation portuaire, ainsi que le transport fluvial constituaient ses activités principales. Des bateaux courriers assuraient le transport des personnes entre Kinshasa et Kisangani en passant par Bumba et Mbandaka à l’Equateur. Par ce port transitait les marchandises transportées sur le fleuve. Mais le directeur provincial, Jean-Marie Dombi, ne se souvient même plus de quand date l’accostage du dernier bateau courrier : “Plus d’une décennie, je ne sais plus exactement.”

De temps à autre, des entreprises forestières louent des bateaux cargos à partir de Kinshasa pour évacuer leur bois. Des bateaux des privés y accostent parfois et payent le droit d’accostage. Ces privés maintiennent un peu d’ambiance au port pendant leur séjour. Les marchandises des commerçants sont exposées à ciel ouvert. Les services de l’Etat sont eux très visibles à l’entrée du port pour le contrôle des bagages et des voyageurs. L’Onatra loue ses entrepôts à la Monusco. Le beau bâtiment à étages qui sert de bureau semble déserté tant les allers et retours des usagers sont rares. Ceux qui y viennent ne s’empressent guère. Les gardes sont là assis, parlent entre eux l’air fatigué de ne rien faire... 

La descente aux enfers “Les bateaux sont en panne et en très mauvais état. L’entretien est coûteux. Mais les vraies causes nous échappent”, souligne inquiet le directeur provincial. Une seule grue de 10 tonnes fonctionne sur les sept. “Elle ne peut rien faire, elle est de moindre capacité”, se désole-t-il. Le personnel a vieilli. Il est passé de 150 agents à 48. Le salaire vient de Kinshasa chaque mois selon le directeur. Mais le décompte final, les soins médicaux et la pension de retraite des agents n’arrivent pas. “On  ne recrute plus, les agents meurent, les autres partent en mutation et retraite”, explique le directeur de l’Onatra. Pourtant, avant “avec ses propres bateaux cargos et courrier, le transport était assuré convenablement entre Kinshasa et Kisangani en passant par les localités riveraines”, fait remarquer Marcel Ilunga, commandant de la police de l’Onatra. Ce qui motivait les agents qui bénéficiaient d’autres avantages sociaux. Cette absence de bateaux courriers insécurise aussi les voyageurs obligés de prendre des pirogues, des baleinières ou carrément de monter sur des barges de transport de marchandises, ce qui les expose aux intempéries, vents et soleil. Ces unités flottantes sont aussi peu contrôlées. Mais le directeur espère la relance de son entreprise grâce au partenariat avec des investisseurs privés car ce changement a fait de l’Onatra une entreprise commerciale. Localement, il estime cependant que la faiblesse de l’activité économique freine la reprise. Le port est seulement un lieu de transit. Le directeur se désole : “Les centres de production n’existent plus comme dans le passé à l’intérieur du pays. Le café, l’hévéa,……ne sont plus visibles. On ne voit que le bois.”

Armand Makanisi. Septembre 2011

Publié dans Mongongo 45

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