Les briquetiers ne doivent pas employer des enfants

Publié le par journalmongongo.over-blog.com

De nombreux fabricants des briques font travailler des enfants au mépris des lois. Mais leurs familles qui vivent dans la précarité ne les dénoncent que rarement à la police.

 

Sous un soleil ardent, Jean et Modogo, âgés respectivement de 13 et 14 ans compactent des briques dans un grand ravin de plus de 5 m de profondeur. D’autres jeunes de leur âge les acheminent sous un hangar. Vers 12 h, ces deux jeunes visiblement motivés ont déjà totalisé 200 briques. “Nous comptons en compacter 500 jusqu’à la fin de la journée”, déclare Modogo, élève de 5ème primaire qui, depuis une semaine, ne va pas à l’école faute d’avoir payé la prime. Il se sent obligé de donner toute sa force de travail pour avoir de quoi financer ses études. Comme lui, de nombreux autres enfants sont obligés de vendre leurs bras pour se nourrir, se vêtir et payer leurs études.

Depuis que les chantiers de construction utilisent les briques cuites (faites d’argile compactée et cuites au four), partout dans les communes comme Kisangani, Mangobo, Kabondo et même dans certains quartiers de Makiso et de Tshopo, des enfants de 10 à 16 ans sont utilisés pour les fabriquer et les transporter. Ils constituent une main d’œuvre facile et peu chère. “Un jour j’étais surpris de voir ces enfants déjà à 6 h avec 100 briques. Je pensais même qu’ils les avaient volées dans le hangar afin de me les faire payer doublement” déclare Jonathan, un des employeurs qui s’étonne de leur endurance. “Parfois quand nous commençons à 4 h du matin, le patron vient nous chasser brutalement craignant d’être arrêté”, note Jean.

 

Main d’œuvre bon marché au mépris des lois

Pour fabriquer les briques, ces mineurs creusent, mouillent l’argile avec de l’eau et les compactent. “Chaque matin nous versons 10 à 15 seaux avant de commencer”, témoigne Jean se reposant à coté d’un seau de 20 l rempli d’eau. Ils sont payés 1 $ pour 100 briques en terres fabriquées en 3 h. Une fois cuite, le patron les revendra à 10 $. Ces patrons allèguent souvent que le bois de chauffe et le transport coûtent cher. Une exploitation économique qui ne dit pas son nom mais dont les auteurs ne sont pas inquiétés suite à la précarité des familles. La loi n°09 /001 du 10 janvier 2009 portant protection de l’enfant interdit de soumettre l’enfant aux travaux, qui par leur nature et conditions sont susceptibles de nuire à sa santé, sa sécurité et sa croissance. Une peine d’un à trois ans d’emprisonnement et une amende allant de 100 000 fc à 200 000 fc est infligée à toute personne qui se livre à toutes formes d’exploitation des enfants à des fins économiques.

 

Précarité de la vie

Rares sont les parents qui portent plainte et les agents de l’Etat qui interpellent ces patrons. Les autorités judiciaires ont du mal à poursuivre ce genre d’infractions car les parents des victimes s’interposent en faveur de l’employeur. “Ces parents affirment que le salaire qu’ils reçoivent ne leur permet pas de supporter convenablement tous les enfants. Ils se débrouillent comme ils peuvent pour nous soutenir”, témoigne Alphonse Fallu Tambwe, commissaire principal de la Police spéciale pour la protection de l’enfant. “Mais nous n’hésitons pas à sanctionner certains fabricants des briques s’ils sont dénoncés à notre service”, ajoute-t-il. “Nous sensibilisons les enfants sur leurs droits et devoirs”, explique Alexis Balingi, président du parlement d’enfants, qui attribue ce phénomène à l’irresponsabilité des parents et de l’État. Il demande à punir ces employeurs conformément à la loi.

Cedrick, 15 ans orphelin de père, exerce ce travail depuis trois ans. Grâce à ce modique revenu, sa maman vend de la farine de manioc devant la porte et il s’achète des habits. “Des fois, je tombe en faillite, il me donne 7000 fc ou 8000 fC pour acheter le panier de fufu”, témoigne Marcelline Bumbu, sa mère quadragénaire.

Démunies, ces familles n’ont d’autre choix que laisser ces enfants travailler. Au mois de novembre dernier, un adolescent de 17 ans a succombé dans un éboulement de terre alors qu’il récupérait de l’argile dans un grand trou au plateau médical et un autre de 15 ans au plateau Boyoma grièvement blessé et fracturé. Ces enfants risquent de souffrir d’hernie, et de maux de dos dans l’avenir.

Christian Uzilo

 

De l’argile gratuite au bord des routes

Depuis peu à coté des chantiers de réhabilitation des routes par les chinois, on voit de jeunes gens fabriquer des briques. Ils profitent de la terre argileuse dégagée pour sécher la chaussée. A cinq ou dix, ils fabriquent des briques et les revendent. On le voit dans  la commune Kabondo, à côté de l’ancien marché de T.P., au  rond-point du stade Lumumba dans la commune Tshopo, au carrefour du collège Maele et au quartier Saio, devant l’église Kimbanguiste. Une bonne affaire pour ces jeunes qui utilisent gratuitement cette terre plutôt  que d’acheter des collines dans les parcelles des privés. D’autres particuliers utilisent ces terres pour hausser le niveau de leurs parcelles souvent marécageuses.

Jhon Sindani

Publié dans Mongongo 52

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