Les partis politiques, tremplins pour les jeunes sans emploi

Publié le par journalmongongo.over-blog.com

De nombreux jeunes adhèrent ces dernières années aux partis politiques essentiellement pour trouver un emploi. En effet, depuis près de cinq ans, les postes dans l’administration relèvent de quotas attribués aux partis au pouvoir. Ce qui fragilise l’administration impuissante à contrôler ces fonctionnaires.

 

Depuis plus de deux ans, les jeunes, étudiants et diplômés des universités sans emploi, adhèrent en masse aux partis politiques. Des adhésions plus motivées par le souci de trouver rapidement du travail que par des convictions idéologiques. Depuis 2006, en effet, les postes dans l’administration publique, principal pourvoyeur d’emplois, se distribuent en fonction des quotas des partis politiques qui composent la majorité au pouvoir.

“Nous avons enregistré 181 900 jeunes cette année”, explique Jean-Louis Alaso, président urbain du Parti du peuple pour la construction et le développement (PPRD). De son côté, Papy Ausa, président provincial du Parti démocrate (PD) se réjouit que cette année son parti ait déjà vendu 600 cartes d’adhésions dont 100 pour les jeunes diplômés (gradués et licenciés). “Présentement, je n’ai pas d’emploi. Adhérer à un parti politique est une occasion pour moi d’avoir un métier, des ouvertures”, témoigne Elie Kabila, un jeune économiste qui a adhéré au PPRD en 2010.

Pourtant, “pour faire de la politique, il faut y être préparé, connaître l’idéologie du parti, avoir les moyens. Ces jeunes ne connaissent pas la finalité de la politique qui est la réalisation du bien commun”, constate Casimir Ngumbi, professeur de Sciences politiques à l’UNIKIS. Quelques jeunes y entrent cependant par conviction. “Après la lecture du projet de société axé sur le chantier «emploi» par la création d’une cimenterie qui résorbera le chômage ; j’ai décidé d’entrer dans ce parti”, affirme Dieudonné vice-président  du Parti démocrate (PD).

En cinq ans, de nombreux jeunes sont ainsi devenus ministres, députés, mandataires publics, maires, bourgmestres, conseillers dans les cabinets ministériels, agents publics… grâce à leur adhésion à un parti. Même dans les entreprises privées, les politiques recommandent parfois les leurs. Lorsqu’on devient ministre, c’est au sein du parti que se recrutent en premier les collaborateurs du cabinet. Un bon haut fonctionnaire est avant tout un bon militant dans une administration où les concours de recrutement sont rares ou, s’ils sont faits, peu objectifs.

Ainsi, les partis viennent vers les jeunes pour augmenter leur nombre d’adhérents et les jeunes se servent des partis comme de tremplins pour avoir du travail. “Les gens comprennent que pour avoir du boulot, il faut entrer dans un parti politique”, analyse René Menga, président de l’intersyndicale de la fonction publique.

 

Politisation de l’administration

“Si aujourd’hui notre président devient ministre, nous allons nous retrouver dans l’administration publique”, espère ainsi Erick Bosanga, licencié en philosophie depuis 2008 et suppléant d’un candidat du Parti chrétien pour le développement intégral du congolais (PCDI). Des cellules des partis, principalement du PPRD, sont même installées dans les administrations. “Durant ces cinq dernières années, les affectations dans l’administration tiennent plus compte des partis”, soutient René Menga. L’administration publique en sort souvent fragilisée car l’intérêt du parti prime sur l’intérêt général. Les chefs ont du mal à sanctionner les manquements de leurs agents. De nombreux détournements des salaires des fonctionnaires ne sont punis qu’administrativement par une suspension et non des sanctions pénales. Certains agents ne défendent plus leurs droits syndicaux par peur d’être accusés de déstabiliser leur propre parti au pouvoir.

“C’est la politique qui gère tout, parfois les hommes politiques nous imposent leurs gens qui sont orgueilleux et refusent de se soumettre aux règlements administratifs”, explique un chef de bureau à la division de la fonction publique. Maître Saleh Kabulo, chargé de la commission juridique de l’ONG Groupe Lotus ajoute : “Nous observons des structures informelles dans les administrations. On engage d’abord les proches sans concours” et ajoute  Joseph Loingo, son collègue, “certaines personnes perdent leur emploi lorsqu’elles changent de parti politique”.

 Trésor Mokiango/Octobre 2011

Publié dans Mongongo 46

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