Les radios contribuent à la disparition des langues locales

Publié le par journalmongongo.over-blog.com

Laissées pour compte à l’école, les langues locales – le kiswahili et le lingala – le sont aussi dans les radios où les journalistes ne font pas l’effort de les parler correctement. Pourtant bon nombre de la population de la ville ne parle pas le français considéré comme une langue supérieure qu’il faut employer pour paraître. L’anglais gagne aussi du terrain.

 

Dans les radios et télévisions, les journalistes s’expriment moins bien lorsqu’ils parlent en langues locales (swahili et lingala). Comme si une faute en langues choque moins les auditeurs qu’une faute de français. “Ba pharmacien, émission, batu au lieu de Baisebi ya mino, linaka,bato”, note le professeur émérite en langues, François Bokula. Selon lui, les journalistes qui utilisent ces langues fournissent moins d’efforts pour le respect de règles grammaticales. Ils prononcent mal, utilisent des mots qui ont un autre sens dans le contexte, doublent le pluriel, empruntent des mots français, car ils ne connaissent pas eux-mêmes ces mots en langues. Maman Fatuma, habitante à l’orphelinat dans la commune Mangobo, qui s’intéresse aux émissions en swahili s’indigne cependant que les animateurs mélangent toutes les langues parlées ici : swahili, lingala et français au cours d’une même émission en swahili.

La formation en langues est de plus en plus négligée dans les écoles. Selon le professeur Bokula, au début de cette année scolaire “lors d’une tournée dans les écoles de la ville avec une équipe des chercheurs en langues”, ils ont constaté “que certains enseignants substituent le travail manuel au cours de langues”. Certaines écoles privilégient désormais l’apprentissage de l’anglais. D’autres suppriment carrément ces cours et demandent aux élèves de ne s’exprimer qu’en français. Tout le monde estime que le vrai intellectuel est celui qui ne parle que français.  Souvent les gens sont étonnés lorsqu’une personne pose des questions en langues dans une conférence. On l’assimile à un analphabète. Certains parents interdisent même à leurs enfants de s’exprimer en lingala et swahili à la maison.

 

Des rédactions en langues peu organisées

Ce désintérêt se traduit dans les médias locaux où il n’existe pas de rédaction propre pour ces langues. “Les journalistes en langues locales traduisent sur place au micro en swahili ou lingala les informations rédigées en français”, reconnaît Bertin Masudi, secrétaire de rédaction en langues locales à la RTNC. Il ajoute que le recrutement n’est plus fait sur la connaissance de la langue mais sur le diplôme. Les engagés ne fournissent ainsi plus d’efforts d’apprentissage, car le travail n’est pas suffisamment organisé et pas suivi rigoureusement par les responsables. Même le français qui est la langue officielle n’est pas bien parlé. Dans la plupart des radios, plusieurs émissions sont cependant faites en langues pour atteindre le public qui ne parle pas le français.

L’autre problème réside dans le fait qu’une même langue, lingala ou swahili, est parlée différemment selon les milieux. L’Abbé Célestin Bwanga, enseignant en sciences de l’information et de la communication et directeur de la radio et télévision Amani, pense que vouloir imposer la rigueur serait au contraire un obstacle pour passer un message à la communauté cible qui n’a pas la maîtrise de ces langues.

D’autre part, “dans les desks en langues locales, les règles de base du journalisme ne sont pas respectées”, constate Jean Fundi Kipala Moto, présentateur des journaux parlés en Swahili à la RTA. Pourtant lors des recrutements des journalistes et des chargés de communication par les radios et Ong les mieux nanties, la connaissance des langues locales est un atout.

David Malisi

 

Publié dans Mongongo 38

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Ir.Aime Bruno AKANIS 10/08/2011 18:41


Juste une information:mon travail m'amene souvent au bandundu profond et bas-congo profond,la bas je rencontre des emission en langue locale qui passent et les autochtones sont tres a l'aise a
suivre.Autre chose ,je ne sais pas si le Prof Bokula peut s'investir pour le cour de grammaire lingala par exemple redeveinne dans sa position au niveau des ecoles primaire...
Que le swahili soit aussi grammaticalise...
Ir Aime AKANIS, a kisangani,j'habite mangobo a bangelema.