Les sidéens traités mais pas soutenus

Publié le par journalmongongo.over-blog.com

Depuis un an les sidéens sous anti-rétroviraux (ARV) estimées à plus de 1500 peinent à vivre. Plusieurs projets qui les assistaient ont fermé et l’Etat n’a pas pris la relève.

 

Maman L., la trentaine, femme seule et mère de six enfants, qui tient un bébé chétif de quelques mois dans les bras, est sidéenne. Mais depuis quelques mois, il ignore l’évolution du virus dans son corps faute d’’argent pour le test. En plus des coûts des médicaments pour se soigner elle et son enfant de quatre ans atteint lui aussi, il lui faut plus de 20 000 Fc (22,2$) par mois pour payer le loyer, la scolarité de trois de ses enfants, et les nourrir. Deux qu’elle scolarise seule n’étudient plus. Grâce à quelques gobelets de riz et haricots achetés à crédit, son unique revenu est la gargote (Malewa) qu’elle tient et qui lui procure entre 1 et 2 $ par jour. “Tel que tu me vois, ce n’est pas ma santé normale. Je maigris à cause de soucis de tout faire sans aucune assistance…”, confie-t-elle d’une voix faible et tremblante.

C’est le chemin de croix que traversent de nombreuses Pvv (personnes vivant avec le Vih) sous Arv. “On peut bien prendre les Arv, mais, sans manger, on a des vertiges et on s’évanouit”, explique Ma C., veuve et mère de quatre enfants. “Un ami n’en prend plus, car il n’a pas à manger me dit-il”, lâche Maman L.

Avant, ils recevaient des projets de certaines organisations de lutte contre le Sida qui ont fermé, la ration, certains les frais scolaire pour les enfants,… D’autres ont été formés à la couture et fabriquer du savon pour subvenir à leurs besoins, mais “sans moyen on n’en fait plus”, reconnait Stanis Wemba. L’Ucop compte sur les recettes de son atelier de couture et la bureautique pour survivre.

 

Prise en charge difficile

De nombreuses organisations arrivées en fin de projet ont fermé en 2010 ou ne font plus d’activité d’envergure. Le plus grand projet était celui de la Coopération technique allemande (Gtz) qui assistait au moins 90% des malades. Désormais, il y a moins de dépistage dans les centres de santé parce qu’il est désormais payé et les formations sur le sida sont rares.

Dans la commune de Mangobo, l’Ong Parlons sida prend en charge encore l’assistance spirituelle et psychosociale, les factures des médicaments de quelques uns, les nourrit, scolarise les orphelins,…mais, sans moyens suffisants elle va suspendre ses aides. Déjà, des 128 enfants scolarisés l’année passée, 38 seulement le sont cette année.

Ces derniers ont du mal à être pris en charge et à vivre. En fin de projet, la GTZ les a affectés dans les hôpitaux et centres de santé proches d’eux pour les suivre et recevoir les médicaments. Le trimestre qui a suivi cet arrêt, le corps soignant les accueillait difficilement. Selon Christian Masaba, “les infirmiers avaient peur de nous et d’être infectés en nous approchant”. Il poursuit “Avec l’aide du Programme national de lutte contre sida (Pnls), Ucop a parlé aux médecins chefs de zone et directeurs d’hôpitaux ciblés pour qu’ils nous traitent comme tous les autres malades”. Ils y reçoivent uniquement des Arv ; les médicaments associés sont à la charge des malades.

En outre, le suivi biologique qui permet aux médecins de prescrire, le dépistage, et autres tests, jadis gratuits dans ces structures sont payants. “Chaque fois que je fais le test sur l’évolution du virus (test CD4, ndlr), je paie 10$ et 1000 Fc (1,1$) pour les autres tests”, témoigne Ma C, infirmière journalière dans un centre de santé de Tshopo, qui l’a fait à deux fois en novembre.

“Le gouvernement doit intervenir pour lutter contre le VIH/Sida…” ainsi a lancé Christian Masaba, au cours de la célébration de la journée mondiale du Sida, le 1er décembre. L’Etat n’intervient qu’à 3% du budget, ajoute-t-il. “C’est insignifiant, réagit le Dr. Daniel Kazadi, chargé de prise en charge au PNMLS, ça ne peut payer que les primes de risques, les salaires des médecins,… ” Pourtant le Fond mondial milite pour que les Etats participent à 15% aux budgets consacré à la la lutte.

Trésor Boyongo/Décembre 2011

Publié dans Mongongo 50

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