Pour la première fois, les paysans interpellent les candidats

Publié le par journalmongongo.over-blog.com

(Syfia Kisangani/Médias pour la paix et la démocratie) Le 17 novembre dernier, pour la première fois, près de 500 paysans ont échangé directement avec des candidats députés de Kisangani sur leur projet de société en rapport avec l'agriculture.

 

L’Union paysanne pour le développement de Kisangani (UPDKIS) a organisé pour la première fois, le 17 novembre dernier, une "tribune d'expression populaire" entre des paysans et une petite dizaine de candidats à la députation nationale à l'alliance franco-congolaise. Pour ce face à face, UPDKIS, qui regroupe plus de 3 000 membres issus de 222 associations, avait fait venir près de 500 paysans de Kisangani et des périphéries. Beaucoup se sont présentés, désireux d'avoir enfin un échange direct avec leurs candidats, mais, pour accéder à la salle, ils devaient présenter leurs invitations.

Notre objectif est de les "aider à opérer un choix utile face aux multiples promesses qui leur sont faites", résume le coordonnateur d'UPDKIS, l'ingénieur Squadra Mugaza. Il constate que, ces cinq dernières années, sur 90 lois votées, une seule porte sur l'agriculture... 

Au cours de la tribune d'expression populaire, chaque candidat a présenté son projet de société : "transformation locale des produits des champs ; suppression des tracasseries administratives et policières ; création par l'Etat de banques de crédits agricoles ; soutien aux associations paysannes, etc." Un candidat, encore sénateur, a promis d'initier une loi sur le code agricole. Un autre une loi sur le droit foncier des paysans.

 

 Paysans informés et critiques

Les agriculteurs ont aussi exprimé leurs préoccupations : "construction d'écoles de métiers et de centres d'alphabétisation ; réhabilitation de la route Kisangani-Opala, etc." Une paysanne de cette localité, grenier de la capitale de la Province Orientale, a dénoncé les prix imposés par les grands acheteurs et la taxe d'emballage de l'Etat sur les produits vivriers. Critiques, certains ont demandé si, une fois élu, tel député n'allait pas fermer son téléphone comme l'ont fait en 2006 de nombreux autres avant lui... D'autres ont interrogé un candidat pour savoir s'il serait réellement écouté par le président de la République qu'il soutient. "Je démissionnerais s'il n'écoute pas mes plaidoyers sur vos problèmes", a-t-il promis.

Certains politiciens ont en retour aussi interpellé les paysans à propos des dons qu’ils reçoivent ça et là : "La main qui donne est au dessus de celle qui reçoit. Vous devez être indépendants !" Le délégué de la Ceni leur a expliqué qu'ils devaient se présenter au bureau de vote avec leurs cartes d'électeurs et que le vote était secret. Des précisions importantes, comme le montre le récit de cette paysanne qui affirme qu'en 2006, ce sont les témoins de certains partis qui les avaient aidés à voter….

Une indépendance pas forcément évidente à conquérir… Ainsi, avant de partir, plusieurs candidats ont laissé de l'argent pour l'organisateur, mais aussi leurs numéros de téléphone. Les deux parties souhaitent en effet garder des contacts permanents. Les députés seront désormais suivis de plus près… Les responsables des associations de paysans et certains délégués, heureux de ces premiers échanges et moins intimidés par les politiciens, se disent mieux informés pour voter utilement. Beaucoup disent vouloir informer à leur tour leurs membres. UPDKIS s'est engagée à poursuivre cette initiative, même après les élections, si elle trouve un financement pour cela.

Hortense Basea/Novembre 2011

Publié dans Mongongo 49

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