Redonner le goût de vivre aux handicapés

Publié le par journalmongongo.over-blog.com

En 25 ans d’existence, le centre Simama pour la rééducation des handicapés a permis à des milliers d’entre eux, de retrouver l’estime d’eux-mêmes, de se faire accepter dans la communauté et de vivre de leur travail. Des aides coûteuses qui aujourd’hui nécessitent un appui local.

 

J’étais amputé de ma jambe droite et j’ai perdu mon travail d’enseignant de français à cause de ma difficile mobilité. J’avais également perdu tout espoir. Mais grâce au centre Simama, je me suis adapté en informatique que j’enseigne depuis 9 ans” explique d’un air souriant Mathias Shamba.  “Ma fille de 20 ans vient de recevoir du centre Simama un tricycle qui allège son problème de déplacement”, se réjouit Kasongo Zuena, mère d’une handicapée. Le 22 juillet, le centre Simama pour la rééducation des personnes vivant avec handicap (PVH) a fêté ses 25 ans. Un jubilé d’argent. Pendant toutes ces années, ce centre a permis à de milliers des personnes vivant avec un handicap de conquérir l’estime des gens et de leurs familles en vivant grâce au fruit de leur travail. Ils ne mendient plus.

Dans les carrefours de la ville, des handicapés tiennent des ateliers d’électronique, de couture, de menuiserie, de cordonnerie, des bistrots,…Des jeunes valides y sont formés également. “Je paye désormais les études de mes frères grâce à mon travail” témoigne une couturière. Certains ont pu faire l’université et travailler dans les organismes. D’autres apprennent l’informatique, le jardinage et l’élevage des volailles.

 

Des avancées encourageantes

Ce centre a favorisé la création des associations pour la défense de leurs droits  comme l’association des mamans handicapées (AMHAD) qui militent pour leur intégration sociale. Les albinos également sont associés. Des handicapés fréquentent des écoles avec les autres sans gêne. Leurs familles ne les rejettent plus comme avant. “C’est le fruit de sensibilisation qu’on mène à travers les familles pour leur expliquer l’importance pour ces enfants d’étudier”, témoigne Norbert Ihome, assistant social du centre Simama

Le service de santé et rééducation physique a fabriqué 9500 appareils orthopédiques et plus de 500 tricycles. Plus de 480 handicapées de Kisangani et des environs ont appris divers métiers. En 25 ans, le centre a rééduqué plus de 22 500 handicapés physiques. Même des valides consultent ce service pour la kinésithérapie.

Le centre Simama soigne également l’épilepsie. Une maladie attribuée à la sorcellerie par les habitants qui rejettent ceux qui en sont atteints. Ici ils suivent un traitement hebdomadaire qui espace leurs crises. La plupart sont des jeunes de 6 à 20 ans. Le centre compte construire un dispensaire pour les épileptiques pour lesquels  les hôpitaux publics n’ont pas de médicaments.

 

Des appuis locaux font défaut

Le Père Martin Khonics, fondateur du centre, lui aussi handicapé, a remis la gestion du centre à la communauté de Kisangani par le biais d’un prêtre noir de la congrégation du Sacré cœur de Jésus. Un dispensaire en construction attend encore le financement du gouvernement provincial pour être achevé. Le centre a une extension à Basoko en aval du fleuve. Les villes de Buta, Lubutu et Bunia sollicitent actuellement le même service.

Polydor Latigo ministre provincial de l’Enseignement a fustigé le mépris et  l’insouciance observés dans certaines familles et milieux de travail à l’endroit des handicapés. L’archevêque Marcel Utembi a invité les handicapés à être responsables de leur destin. “Nous avons toujours connu les personnes handicapées comme des mendiants professionnels, c’est indigne, il faut les sortir de cette situation”, a exhorté le Père Martin.

Hortense Basea

Des handicapés  visitent la ville

28 juin 2011 : Gradi- jeunes (Groupe de réflexion et d’action pour le développement intégral des jeunes avec le Père Zénon) et le centre Simana ont organisé une excursion en faveur des personnes handicapées. Près de 40 d’entre elles ont visité l’aéroport de Bangboka, le bâtiment de la grande poste, les chutes Wagenia, le pont Tshopo, le marché central, la RTNC TV et radio et plusieurs autres lieux.

L’objectif de cette excursion était de permettre aux personnes immobilisées par leurs handicaps physiques de découvrir l’important patrimoine de la ville de Kisangani. Avant de partir,  Jean Paul Nyndu de la société civile avait échangé avec elles sur le respect des biens publics et des biens communs. Cette excursion a bénéficié de l’appui logistique de Raymond Mokeni, président du conseil provincial de FEC /PO, qui a mis gratuitement à disposition deux bus, des sucrés, eau, pains et gâteaux. Les participants à ce circuit ont salué ce geste et se sont dits satisfaits car beaucoup n’avaient jamais visité ces lieux historiques et pouvaient mourir sans les avoir vus.

Pépé Mikwa

Publié dans Mongongo 42

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