Risquer sa vie en voyageant perché sur des camions surchargés

Publié le par journalmongongo.over-blog.com

Une quinzaine de personnes sont juchées en équilibre précaire sur un camion débordant de marchandises surmontées d’un véhicule qui s’apprête à quitter le parking de la 13ème avenue dans la commune Tshopo un soir de février. On y voit une maman et son enfant qui ne savent pas où se tenir. Sur les côtés, sont attachés de vélos, des mousses et bien d’autres articles. Cette scène est quotidienne dans les parkings à l’arrivée comme au départ des véhicules de Lubutu, Butembo, Beni,… et d’Ubundu sur la rive gauche du fleuve Congo. Sans souci de leur sécurité, les passagers préfèrent s’entasser sur ces camions pour ne pas payer cher le bus confortable avec des places assises. Un bus coûte 40$ entre Kisangani et Butembo et un camion Fuso 20 $.

On ne compte plus les accidents. “L’excès de vitesse, les collisions avec les bêtes en divagation, l’ignorance du code de la rou­te, l’ivresse mais aussi les eaux stagnantes occasionnent les accidents”, explique un chauffeur qui fréquente la route Banalia. Débarquant d’un véhicule en provenance de Beni, Justin (qui remercie son Dieu d’être arrivé sain et sauf) raconte que le véhicule a fait marche arrière à 130 km de la ville sur une montagne avec des passagers sur les marchandises. Heureusement rien de mal n’est advenu cette fois.

Pourtant, la note circulaire n°409/CAB/MIN/TVC/004/2011 du 08 juin 2011 portant mesures urgentes d’assainissement et de prévention d’accident dans le secteur de Transports en RDC stipule en son article 21 que tout véhicule surpris en surcharge au delà des limites de la carrosserie doit être arrêté et déchargé sur le lieu en payant des fortes amendes. Elle interdit également à tout transporteur de charger de manière à porter le danger à la vie humaine et à causer des dommages à des propriétés publiques ou privées. La loi interdit aussi de transporter des passagers dans des véhicules qui ne sont pas appropriés.

 

Le gain avant la sécurité

Mais même dans les bus confortables, le nombre de passagers dépasse celui des places assises. Et, il y a trop de bagages. Les gens s’entassent comme des sardines. “On paie pour être assis sur un siège, mais on se retrouve à deux y compris des bagages. Ce qui restreint notre liberté de mouvement. On garde la même position du lieu de départ jusqu’à l’arrivée et voilà on a les pieds gonflés” raconte un jeune passager. “Ce bus, c’est mon champ (mon unité de production). Personne ne peut m’empêcher d’embarquer de gens”, rétorque un chauffeur visiblement énervé par notre question. La note circulaire oblige tout transporteur à respecter le nombre de places assises dans les bus. Pour Patchimoni, un membre de l’Association des chauffeurs du Congo (ACCO), “on les laisse dans ces conditions de surcharge afin qu’ils récupèrent l’argent gaspillé par les tracasseries de divers de l’Etat depuis le parking, le long de la route jusqu’à l’arrivée”.

Les propriétaires de véhicules privilégient les marchandises et les recettes. La sécurité des hommes n’est pas leur priorité. Le long du trajet, les convoyeurs embarquent également des voyageurs inconnus par les propriétaires. “Ces sommes nous permettent de payer à des barrières érigées par certains agents de l’ordre sur le trajet” explique Pascal, un chauffeur habitué de la route Goma –Kisangani.

 

Trop de services, aucun contrôle

Pourtant à chaque parking et barrière sur les routes, on trouve de nombreux services de l’Etat : direction générale des Migra­tions (DGM), service de Transports et voies de communication, direction générale des Impôts (DGI), l’Association des chauffeurs du Congo (ACCO), la police de roulage… ils se contentent de percevoir des recettes sans appliquer les règlements. “Les servi­ces de l’Etat ne voient que leurs intérêts, ils ne contrôlent pas le vrai tonnage des camions”, pointe du doigt un voyageur sur un camion. La division provinciale des Transports et voies de communication dit manquer de moyens pour appliquer les règlements.

 

Armand Makanisi, Christophe Tabantu et Flora Amwanga

Publié dans Mongongo 54

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