Sans entretien, les routes réhabilitées ne durent pas

Publié le par journalmongongo.over-blog.com

Durant le premier mandat du gouvernement Kabila (2006-2011), les infrastructures ont occupé le premier plan du programme politique. Certaines routes ont été réhabilitées après des décennies d’abandon. Faute d’entretien, elles se dégradent déjà. Les territoires oubliés eux attendent leur tour. 

 

Quelques années seulement après leur remise en état, certaines routes se dégradent déjà par manque d’entretien rigoureux. “Difficile de faire actuellement 20 m sans être surpris par un bourbier sur la nationale n°4”, raconte un chauffeur somnolant au volant de son bus au parking de dépôt Makayabo. La nationale n°4 Kisangani-Beni-Butembo refaite en 2008, Kisangani-Ubundu en 2010, Kisangani-Banalia 2011, Kisangani-Yangambi redeviennent peu à peu impraticables. Ici des bourbiers et là des ponts cassés. L’espoir et la satisfaction des populations qu’elles avaient suscitées s’amenuisent.

“Les cantonniers nivellent la route avec du sable qui ne résiste pas aux pluies fréquentes dans la région pour boucher” se désole Djoé Bongindo, un chauffeur de minibus, empruntant la route Ubundu. “Que les autorités n’attendent pas sa dégradation totale pour intervenir car elle va coûter beaucoup”, se plaint Salumu, un commerçant venu de Kindu trouvé à l’agence de voyage Maniema Union.

Les usagers s’interrogent cependant sur la destination des frais perçus par le Fonds national d’entretien routier (Foner) sur chaque véhicule sur les routes Ubundu et la nationale n°4. “Que le Foner nous dise combien des km sont déjà entretenus” questionne un chauffeur au parking de Lubutu. Selon le responsable provincial du Foner, les conducteurs  ne respectent pas la barrière de pluie (interdiction de rouler après la pluie pour sécher la voie) .Ils corrompent les agents de contrôle. Ce qui détruit la chaussée. Il ajoute que seules les recettes du péage ne suffisent pas pour entretenir efficacement ces routes.

 

Des routes qui dynamisent l’économie

Depuis 2006, le gouvernement a réussi à réhabiliter certaines routes d’intérêt vital restées longtemps impraticables. Ces voies ont relancé la circulation des personnes et de leurs biens. Les marchés et villages longtemps oubliés revivent et les paysans relancent l’agriculture et le commerce. Les prix des denrées alimentaires et des produits manufacturés ont sensiblement diminué. “Je fais chaque mois Kisangani-Kampala via la nationale n°4 et je dépense moins de 100 $ que plus de 200$ qu’on payait par avion”, affirme Maman Chantal, propriétaire d’une boutique d’habillement. Longue de 128 km, la route Ubundu permet l’approvisionnement de la ville de Kisangani en produits vivriers (poissons fumés, viande boucanée, etc.) et l’évacuation des certains produits manufacturés et pétroliers vers la province du Maniema. Les camionneurs mettent actuellement 3 à 4 heures au lieu de quatre jours.

 

Des routes oubliées

Le succès de ces routes cache cependant le calvaire des habitants d’autres territoires pour rejoindre Kisangani, le chef-lieu de province. Voyager sur la route Opala longue de 262 km au sud-est de Kisangani, sur la rive gauche du fleuve Congo est un parcours du combattant. Sable, érosions, bourbiers… sont autant d’obstacles qui rendent impraticable cette route de desserte agricole. “La nourriture pourrit à Opala. Nous faisons cinq à six jours pour atteindre Kisangani par vélo qui ne prend pas de grandes charges. Cela décourage beaucoup de paysans qui ne savent pas évacuer leurs produits des champs”, se plaint Jean Marie rencontré au Pk 5,  deux sacs bombés de paddy sur son vélo. Il vient de Lobaie à 102 km.

Les transports des marchandises entre Kisangani et Opala ne sont assurés que par les baleinières qui mettent 5 à 7 jours sur plus de 320 km. En 2004, cette route a été réhabilitée par l’Ong Atlas logistique sur 102 km. Depuis lors aucun projet d’entretien s’en est suivi pour la partie réhabilitée ni pour la poursuite des travaux jusqu’à la cité d’Opala, L’autre route oubliée est celle qui relie Kisangani à Yahuma, un territoire perdu et enclavé  à 318 km de Kisangani.

Christian Uzilo

  

La voirie urbaine en réhabilitation

Depuis mars 2011, certaines grandes artères de la ville de Kisangani (le boulevard Lumumba dans la commune Makiso, la route TP dans la commune Kabondo, l’avenue du rond point stade – mont Kitenge vers la commune Mangobo) changent de visage. En prévision de leur asphaltage, une entreprise chinoise, Zengue, trace des caniveaux. Ces routes en réhabilitation ne sont pas fermées à la circulation. Véhicules, motos, vélos, piétons, se disputent la chaussée encombrée par des moellons, sables, graviers, et limonites. Dix mois après le lancement, ces travaux traînent.

Christian Uzilo

 

 

Publié dans Mongongo 52

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