Territoire d’Opala : enclavé, isolé, négligé de tous

Publié le par journalmongongo.over-blog.com

Le territoire et la cité d’Opala à 262 km de Kisangani sont loin de tout : sans routes pour évacuer les produits agricoles et relier la capitale provinciale, sans téléphone pour communiquer, sans radio pour s’informer. Les infrastructures - hôpitaux, écoles - sont délabrées et sans moyens. Reportage dans une région oubliée.

 

Aller de Kisangani à la cité d’Opala, chef-lieu du territoire du même nom, à 262 km au sud est, sur la rive gauche du fleuve Congo est un véritable parcours du combattant. Sable, érosion, flaques d’eau, ponts coupés, bourbiers…rendent la route impraticable. De Kisangani à Lobaie (102 km), l’érosion menace la voie sur les collines. Le pont sur la rivière Lienge coupé depuis 2009 est remplacé par deux petits troncs d’arbres. De là à Lomami à 204 km de Kisangani, les herbes ont réduit la chaussée à un sentier. Les 8 km suivants sont encore pires. Les rares véhicules qui fréquentent cette route y passent des jours et des mois. Pour traverser la Lomani, ils doivent être embarqués sur le bac ou sur des radeaux (des assemblages de pirogue). Même les petites routes entre Opala centre et les localités voisines sont impraticables. Le transport des marchandises entre Kisangani et Opala n’est assuré que par les baleinières qui mettent 5 à 7 jours sur plus 320 km. Les vélos transportent les récoltes des maisons vers les entrepôts.

 

L’agriculture asphyxiée

Ce territoire à vocation agricole est ainsi asphyxié. Les motos sont rares, le vélo est le principal moyen de transport de marchandises et de personnes et il est difficile d’évacuer de grandes quantités de produits des champs ou de chasse et de commercer avec Kisangani.

Pourtant les associations de paysans, de femmes et de jeunes sont dynamiques. Ils cultivent des champs collectifs, une soixantaine de rizeries décortiquent le riz sur place. Mais l’état de la route les empêche d’inonder les marchés urbains.

Les produits manufacturés qui arrivent coûtent cher : la bière est deux fois plus cher qu’à Kisangani (2200 fc la Primus, 1000 fc le sucré). Le prix du transport double presque tous les prix.

 

Pas de téléphone, ni radio,

Circuler en dehors de la ville est un très gros problème, communiquer et s’informer aussi. “Depuis 2009, nous attendons l’implantation du réseau cellulaire mais sans succès”, s’inquiète Justin Ahongeleke, un habitant d’Opala. “Les candidats se précipitent pour arracher nos voix au lieu de se battre pour amener une société de téléphonie ici”, déplore Marie-Jeanne Lingalala, présidente d’Ekatakoi, une association culturelle.

Les radios sont captées sur ondes courtes et difficilement sur FM. La cité n’a pas de chaîne de radio. La population lit les journaux affichés sur le mur d’une boutique. Les agents se partagent les informations nationales et internationales avec l’administrateur du territoire lors du salut au drapeau. Seules les phonies à panneaux solaires permettent de converser à distance et de faire les transferts de fonds mais sans discrétion. “On utilise un système archaïque qui trahit parfois”, déclare Étienne Mbongila, l’opérateur.

Un hôpital sans médicaments, écoles sans bancs

Isolée, difficilement accessible, la ville ne bénéficie que de rares aides. L’hôpital général de référence est ainsi envahi par les herbes. Construit en 1957, il se dégrade de jour en jour, il y manque des tôles, des portes et fenêtres voire des lits. Le bâtiment du bloc opératoire a brûlé en 2002.

Les patients sont soignés grâce aux médicaments vendus par des commerçants ambulants et par la pharmacie des prêtres. “On s’approvisionne auprès des privés et certains infirmiers qui disposent des boutiques de vente de médicaments”, témoigne le docteur Émile Sindano, le médecin directeur. “Soixante lits sont disponibles contre 105 au départ. Pas de médicaments depuis 2010 ni pharmacie et 38 agents ne reçoivent plus leur prime de risque depuis deux mois et touchent irrégulièrement leur salaire”, ajoute-t-il. Une ambulance, des matelas, des groupes électrogènes, dons de la Banque africaine de développement (BAD) sont là en attente de la réhabilitation de l’hôpital. Et, faute de routes, les organismes internationaux n’accèdent que difficilement à cette zone de santé.

Dans les écoles, c’est le même dénuement, les élèves sont assis à même le sol ou sur deux bambous liés. Certains suivent les cours sous des hangars faits des rameaux. À l’école primaire Lomami à Opala, la toiture est couverte de paille peu résistante aux intempéries.

La régie de distribution d’eau ne fonctionne plus depuis plus d’une décennie et on consomme l’eau de puits et de sources. Sept puits ont été construits en 2002 par Caritas et d’autres par la Croix Rouge dans tous les coins de la cité. “Depuis lors, l’eau coule bien”, dit Georges Alengela, maintenancier et constructeur.

Armand Makanisi/Novembre 2011

 

Publié dans Mongongo 49

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