Tout est bon pour s’évader de la prison centrale

Publié le par journalmongongo.over-blog.com

Les détenus de la prison centrale de Kisangani sont remplis d’ingéniosité pour s’évader, favorisés par la vétusté des bâtiments : ouvrir des brèches dans les murs, se faire porter malade, corrompre les gardiens ou provoquer des émeutes… Des réponses à la lenteur de la justice qui laisse les prisonniers croupir sans jugement. 

 

A la veille des élections, le dimanche 27 novembre, une émeute s’est déclarée à la prison centrale de Kisangani. Selon ses responsables et la division de justice, tout est parti de l’insoumission d’un détenu militaire refusant de rentrer dans sa cellule à l’heure prévue car il allait à la douche mais qui y a été forcé par les brigadiers. Les autres détenus militaires se sont alors bagarrés avec ces gardiens soutenus eux par les détenus civils. Une violente altercation à l’aide des briques, pierres et autres armes blanches s’en est suivie. “J’ai trouvé mes enfants enfermés dans la maison. Ils ont fui les briques qui provenaient de l’intérieur de la prison”, témoigne cette femme dont la maison côtoie le bâtiment pénitencier.

Selon les changeurs de monnaie et revendeurs des cartes de crédit en face de la prison, c’est vers 17h que les policiers avec ou sans protection ont ceinturé le bâtiment et maté les révoltés à coups de gaz lacrymogène. Deux heures plus tard, les blessés recevaient des premiers soins de la Croix rouge et 13 d’entre eux ont été transférés à l’hôpital général de Makiso sous escorte. Dans la prison, la deuxième grille en bois a été brûlée et le dispensaire récemment réhabilité par le Comité international de la croix rouge (CICR) carrément saccagé.

 

La justice est lente

Restant longtemps sans être jugé, les détenus font tout pour recouvrer la liberté. Le mercredi 30 novembre, un auditeur et un magistrat venu s’enquérir de la situation des détenus ont été séquestrés dans la prison et eu la vie sauve grâce certains prisonniers dont quatre ont tenté en vain de se sauver profitant de l’occasion. Selon le directeur de prison, certains détenus ont fait déjà plus de trois ans en prison. “La justice est lente et on détient même pour des faits bénins”. Quatre prévenus sur une quarantaine inscrite au rôle pour la dernière audience tenue devant la prison sont passés devant le juge. Ces audiences ont lieu tous les vendredi. Une soixantaine des 493 prisonniers restants sont condamnés.

Pourtant, plus de 30 magistrats ont été récemment nommés. Mais ils sont peu visibles à la prison, informe-t-on. Selon ce défenseur des droits de l’homme, certains sont motivés à y passer pour des dossiers très juteux.  Et “d’autres y envoient les gens pour négocier avec eux des cautions de liberté provisoire”, ajoute-il.

La loi prévoit que le procureur inspecte au début de chaque mois.

 

Une prison hors normes

Construit dans les années 1920, ce bâtiment non clôturé ne répond plus aux normes. Les détenus extraient des briques des murs pour s’enfuir, ces trous colmatés avec du ciment sont visibles. Ce défenseur des droits explique que quatre sur une dizaine de cellules sont opérationnelles. Les autres, sans toiture, laissent tomber des briques. La nuit de la révolte, on compte une trentaine d’évadés qui sont passés par un trou fait de l’intérieur dans le mur de la façade arrière, pourtant entourée de policiers. Et deux autres à l’hôpital comme ce fut le cas des neuf qui avaient disparu en 2010 à l’hôpital faute de garde. En vain un autre groupe a tenté de s’échapper par un autre trou dans le quartier de femmes. Ainsi, celles-ci ont passé quatre jours dans les cellules des mineurs. La sécurité y  fait aussi défaut. Certains policiers négocient avec les détenus des occasions de fuite comme faire de petits travaux en dehors de la prison, échanger l’uniforme de police, ruser en se faisant passer pour malades afin de s’échapper une fois transférés à l’hôpital.

En 2010, le sol, la toiture, les murs des deux dortoirs, la cuisine, les latrines et les fosses septiques, les plomberies,… du coté hommes ont été réhabilités par le CICR. De même, le home de femmes par Caritas international au cours de la même année. Depuis septembre dernier, le gouvernement national prend en charge l’alimentation après un an d’assistance du CICR. Mais il reste à faire.

La division de la justice est impuissante faute de moyens ni même de frais de fonctionnement. La situation carcérale est quasi oubliée, pourtant une visite de l’autorité provinciale doit être effectuée chaque trimestre, selon l’article 25 du régime pénitencier. Les autorités n’interviennent qu’en cas de problème. “On a bouché les récents trous grâce à l’aide du général de la police qui nous a remis trois sacs de ciment et 10 cadenas”, assure le directeur de la prison.

Trésor Boyongo

 

Publié dans Mongongo 50

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