Un transporteur des marchandises à vélo, candidat député

Publié le par journalmongongo.over-blog.com

Une euphorie populaire anime la population de Kisangani depuis le lancement de la campagne électorale le 28 octobre dernier. Un Kumba kumba (transporteur vélo) de son état, candidat député sans sou, jouit de la sympathie de certains boyomais qui battent campagne pour lui et qui ne se considèrent plus dupes.

 

Peu de jour après le lancement de la campagne, motards et tolekistes organisent de longs carnavals dans les grandes artères avec ou sans Alphonse Awenze Makiaba, Kumba kumba (taxi-vélo), candidat député national. En chœur, ils scandent tokovoter papa Awenze député na biso babola (on votera … le député des pauvres) sur fond de clacksons et cris portant haut des calicots de fortune, les seuls qu’il possède, fabriqués à l’occasion. D’autres cortèges se constituent spontanément quand ceux véhiculés d’autres candidats en provenance de Kinshasa, arrivent de l’aéroport. Son effigie est devant comme derrière des motos taxis ou des privés, des toleka (taxis-vélos), des voitures de certains privés. Ses photos en couleurs ou en noir et blanc, petit ou grand format, sont vendues au près de ceux qui le voient pour la première fois et ceux soucieux de la répandre. On se bouscule devant des photocopieuses au centre ville pour en avoir. Sur l’avenue Mulamba, Méthode Mbulu, directeur de Mady service, une bureautique, stupéfait, constate que les autres candidats viennent eux-mêmes faire copier leurs photos. Alors que pour Awenze Makiaba, ce sont ses supporters qui le font à leurs frais. “Hier, un tolekiste a commandé 150 photos et un motard des copies pour une rame de feuilles”, confie M. Mbulu. “Aucun homme qui qu’il soit n’a jamais profité d’un aussi grand intérêt de la population”, s’exclame, comme nombreux, Olivier, photographe en train de vendre les photos de sa deuxième sortie en public à 500 Fc au lieu de 700 Fc, le prix normal. Ce mardi matin 1er novembre, il en a vendu plus de 150. Peu importe la perte. “L’essentiel c’est le diffuser même si je ne gagne rien”, lâche ce revendeur des macarons du candidat en face de la résidence équateur. Un acheteur justifie. “Mieux vaut propulser les pauvres comme lui qu’accepter encore l’argent contre ma voix”.

Sans le sou, le candidat Awenze Makiaba jouit du soutien de la population qui fait sa campagne. Il jouit d’une sympathie incroyable  auprès de nombreux Boyomais qui voient en lui le futur porte-parole des pauvres. Son numéro de candidat, largement diffusé, est sur toutes les lèvres. Ses supporters soustraient 50-2 ou additionnent 45+3 pour obtenir son numéro afin de le graver en mémoire. Aussi, des caricatures le présentent comme un élu de Dieu qui trouble des plans sataniques.

 

“On est plus dupes”

“Elus, les députés se sont enrichis et nous ont oubliés, lance-t-on dans un attroupement de tolekistes, on est plus dupes”. Un candidat député confirme l’impression. “Ce n’est pas une lutte entre riches et pauvres, mais une réaction de la population qui n’est pas prise en compte par les politiques”, affirme-t-il. Par contre, d’autres candidats ne disent mot. Autant des orchestres lui produisent des chansons de campagne très jouées et vendues dans certaines maisons de vente de disques et magasins. “Il a beaucoup souffert, donnons-lui la chance à kende ko lia (qu’il aille se servir)”, lance une vendeuse au marché central. “On est pas élu député pour se servir, interpelle Mathieu Kirongozi, politologue, mais pour porter la voix de la population à travers l’élaboration des lois”. Pour Daniel Mikombe, chef de travaux à la faculté de Psychologie, les anciens élus ont trahi les espoirs de la population en servant plus “les intérêts des partis que ceux du peuple”. Sur la liste de la Ceni, il a postulé comme membre de la Convention pour la république et la démocratie (CRD), un parti nouvellement implanté, qui n’apparait pas dans ses affiches. Ces jours-ci, il ne se gère plus : un groupe spontané composé de tolekistes, motards, cambistes, et autres adultes, planifient ses sorties, assurent sa sécurité supposée menacée et contrôlent ses mouvements dans la foule.

 

Un rêve réel

Selon Charles, son voisin, il réalise un rêve. Après avoir hésité à se présenter en 2006, il répétait très souvent à ses clients et ses proches depuis 2009 : “Ne m’oubliez pas, je serai candidat !”. Albert Lumumba, comptable à Bego et son ancien collègue à la Sorgerie, une industrie de savon, d’huile,… se souvient qu’il sollicitait des soutiens de tous y compris les mamans vendeuses du marché avec le risque de ne pas être cru après la publication des listes de candidats.“C’est moi qui connais vos problèmes : votez-moi !”, haranguait une vingtaine de tolekistes à l’arrêt Kabondo qui comme un éclair ont répandu la nouvelle.

Ce candidat des pauvres, 47 ans dont 20 comme transporteur à vélo, aux cheveux poivre et sel, vêtu d’un pantalon jean bleu usé et d’une chemise noire mouillée de sueur, chaussé de sandales de pneus, draine les foules lors de ses tournées électorales. Il n’a pas encore prononcé de discours, seulement des sorties. Après le tour de la ville, ses sympathisants se dispersent sans attendre une compensation comme c’est le cas pour les autres candidats. Les tolekistes, rares chez ces derniers, sont cependant visibles dans certains de leurs cortèges, mais y brandissent le numéro d’Awenze Makiaba. Mais, son passé, qui comme celui de la plupart des candidats, est peu connu.

Trésor Boyongo/Novembre 2011

Publié dans Mongongo 48

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