Vendre des habits usagés, un commerce en vogue

Publié le par journalmongongo.over-blog.com

De nombreuses filles, surtout de filles-mères circulent en ville pour vendre des habits usagés. Une activité qui leur permet de gagner honnêtement leur vie mais elles sont souvent harcelées et prises pour des prostituées. Elles aimeraient que leur métier utile soit respecté.

 

De plus en plus de filles mères se lancent dans le commerce ambulant des vêtements usagés. Culottes, jupes, pantalons, chemises ou autres sur la tête, sur les épaules ou entre les mains, elles passent d’un lieu à un autre, d’un bureau à un autre. Elles parcourent des km chaque jour pour trouver de quoi nourrir et scolariser leurs enfants et payer le loyer. Un travail qui les met à l’abri de caprices de certains hommes qui nient ces grossesses ou refusent de prendre en charge leurs enfants. Seules, elles se battent pour les élever. On les voit dans les par­kings, bistrots, bureaux et sur les artères,…

C’est très tôt matin au marché central qu’el­les s’approvisionnent auprès des grossistes qui déballent des ballots de friperie. Elles font le premier choix. Parfois, elles prennent à crédit et payent après la vente. Godelive Utchu, sou­riante, la trentaine révolue, au teint clair: “C’est depuis 7 heures je suis ici. Grâce à ce commerce je paye chaque mois la prime de mon fils sans retard”. Sa copine Chantal, explique que la précarité l’a contrainte à ce commerce qui l’aide aujourd’hui à se prendre en charge. “Je collabore parfaitement avec ces filles. J’aide parfois celles qui viennent sans capital, même si certaines fuient avec la marchandise”, note madame Jacky, une grossiste.

De nombreuses personnes qui n’ont pas le temps d’aller au marché pour trier les vêtements se réjouissent de les acheter directement sur leur lieu de travail. Cette clientèle de bureautique achète souvent cher car elles ne connaissent pas le prix sur le marché. Ce qui permet à ces filles de faire de bonnes affaires. ‘‘Elles m’aident beaucoup. Avec mon travail, je n’ai pas le temps d’aller souvent au marché pour en acheter’’, explique Pele Makomi, chef de dépôt de la compagnie aérienne FLY CONGO, qui en achète.

 

De travailleuses et non de prostituées

Souvent les mauvaises langues allèguent qu’elles profitent de l’avantage d’être reçu partout pour vendre également leur corps. “La majorité s’habille sexy pour séduire les clients (hommes)”, estime Assani, un ancien chef de dépôt de friperie. Un avis que réfute Constantine, une ven­deuse ambulante qui fait ce commerce depuis six ans. “Je m’habille bien pour attirer la clien­tèle. C’est une politique commerciale. Mais on nous confond toujours avec les professionnelles de sexe. Je sillonne les rues et les bureaux pour chercher l’argent non pas pour blaguer avec ma vie”, martèle- t-elle. “Je suis fière de ces filles car il n’y a pas de sot métier”, estime pour sa part une autre femme.

Cependant, ces filles sont harcelées sexuellement et moralement et humiliées. “Nous sommes souvent sujet de menaces et d’humiliations de la part surtout des épouses de nos clients mariés”, explique Constantine avec un regard triste. “Nous subissons tout genre de harcèlement de nos clients qui confondent notre métier et celui de prostituées” dénonce Pamela. Elle estime que c’est aux hommes de changer leur perception sur ces vendeuses.

Les Ong de défense et de protection des droits des femmes également n’intègrent pas encore ces filles dans leurs activités. “Franchement, c’est une frange encore oubliée par nos sensibilisations. Pourtant, elles sont exposées aux IST et VIH/SIDA et aux violations de droits”, reconnaît Claudine Bela, présidente du Centre d’Education et de Recherche pour les Droits de la femme. Pour sa part, Jacques Muzinga, des amis des Nel­son Mandela pour les droits humains demande à toutes ces vendeuses ambulantes de friperie de regrouper en association pour mieux défendre leurs droits.

                                                                                                                                       Maguy Libebele

Publié dans Mongongo 54

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