Wanyie rukula, les poissons abondent, la chambre froide manque

Publié le par journalmongongo.over-blog.com

Depuis peu, les pêcheurs de Wanie rukula, sur la route Ituri se sont organisés pour réglementer les heures de pêche et préserver la ressource. Mais il leur manque une chambre froide pour conserver leurs poissons et les valoriser mieux.

 

Wanie rukula, à 58 km de Kisangani sur la route Lubutu, est célèbre pour son abondante production de poissons. Les habitants de Kisangani n’hésitent pas faire des aller-retour à vélo ou moto pour s’y approvisionner. Depuis peu, des bus assurent également le transport.

Au PK 39, devant les parcelles, des jeunes comme des vieux tissent les filets de pêche. Les enfants font le commerce ambulant de poissons avec des bassines sur la tête. Des femmes en étalent sur le goudron devant leurs habitations. Des poissons sont suspendus sur le guidon et porte bagage des vélos et motos qui circulent sur la route. Une ambiance qui témoigne de l’intense activité poissonnière dans la cité. Mais la pêche reste de subsistance. «Juste pour manger, difficile d’économiser pour espérer un jour changer les pailles en tôles sur nos cases ou s’acheter un vélo», explique Mete Kotoli, un pêcheur.

Le plus grand problème de ces pêcheurs est la conservation des poissons. Leur méthode de la «chambre froide céleste» - après leur capture, les poissons sont gardés dans l’eau - a ses limites. A l’arrivée d’une moto, d’un vélo ou de leurs passagers, ils se précipitent et soulèvent leurs prises pour les montrer aux clients et les remettent vite dans l’eau ensuite. Mais ils pourrissent vite et les pêcheurs perdent beaucoup d’argent. Une chambre froide leur rendrait grand service mais il n’y a pas d’électricité non plus…

 

Se regrouper pour être efficaces

Le prix de vente est là trois fois moins cher qu’en ville : un poisson de 4500 fc à Wanyie rukula se vend à 18 000 fc au marché de Kisangani. Le soir, ils sont parfois obligés de placer les poissons sous le feu, les autres vendent à un prix dérisoire aux restauratrices du coin. Les courageux envoient les poissons à crédit chez certaines commerçantes de Kisangani par les chauffeurs de camions sans être sûrs d’être toujours payés…

«Depuis avril dernier, un comité des pêcheurs a été installé à la demande des bailleurs pour bénéficier des aides», déclare les pêcheurs de Batikalela. Chaque site de pêche a son association, celle des pêcheurs des villages du PK 33 jusqu’à 47, celle du plus grand site de pêche le long du fleuve long de 7 km au PK 51. les  autres sont au PK 78 Batikaboya, 90 et 122 sur la route Ituri. «Notre souhait reste la réhabilitation de ces différents sites, réorganiser la commercialisation et surtout la conservation des poissons», souligne Molobo Mukunga chef de poste d’encadrement de Wanyie rukula.

 

A chacun son heure

Wanyieraukula.JPGDepuis plus de dix ans, les pêcheurs vivaient à couteaux tirés pour non respect des normes de pêche. Ceux qui utilisent le long filet ramassaient tous les poissons en détruisant même les filets des autres. Grâce aux associations, la pêche petit à petit s’organise sur cette route. «Cela causait des conflits entre la population de mon village, celui qui détruit, payait le filet de l’autre», témoigne Buchiri, notable du village Batikalela. Désormais seuls deux pêcheurs par pirogue sont autorisés pour la pêche nocturne de 20 h jusqu’à 3 h avec le long filet. Ceux qui pêchent avec des nasses travaillent jusque au matin. Ceux qui utilisent l’hameçon pêchent la journée. A la fin du mois nous organisons des causeries dans chaque village sur le respect des heures de pêche. Depuis 2009, la pêche est interdite à la chute de Kabeya où on trouve un tourbillon, lieu de reproduction des poissons. «On capturait même le petit fretin. Nous devons protéger la richesse de nos villages», conseille Mete Kotoli, le vice-président des pêcheurs de Batikalela.

En août dernier, à l’occasion de la journée de poisson, le gouvernement provincial a remis à ces associations 12 filets de pêche, deux machettes et deux paquets d’hameçons. «C’est insuffisant pour le millier de pêcheurs», affirme le notable Bushiri.

Hortense Basea

 

Publié dans Mongongo 26

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