Yakusu, un hôpital de référence en ruine

Publié le par journalmongongo.over-blog.com

L’hôpital général de Yakusu n’est plus que ruines, il manque de tout et ne peut plus assurer son statut de référence. Pourtant c’était dans le temps un des meilleurs établissements du pays.

 

Située à 25 km de Kisangani en aval du fleuve Congo sur la route de Yangambi, l’Hôpital général de référence de Yakusu n’est plus que l’ombre de lui-même. Les murs du  bâtiment administratif d’un étage sont fissurés. Les portes et fenêtres manquent.

A l’entrée, on entend le bruit de la vieille machine à écrire qui sert encore pour la rédaction des rapports administratifs. Seuls six de 14  bâtiments sont fonctionnels et les autres comme la menuiserie et la morgue sont envahis par la brousse. A la maternité comme au bloc opératoire les lits sont rouillés. L’hôpital n’a pas d’électricité ni d’eau potable. On utilise l’eau un peu sodée du puit. Seule une petite armoire sert de pharmacie. Le local de la pharmacie est devenu le dépôt des tuyaux non usés et des vidanges. L’unique frigo à pétrole est tombé en panne depuis en 2010. L’hôpital dispose de panneaux solaires qui manquent des batteries.

D’une capacité de 100 lits à la création, il n’en reste que 45. L’hôpital a environ 30 matelas,  don d’un député de ce territoire.

C’est avec le départ en 1991 des missionnaires protestants (principaux financiers) après le pillage que commence la décrépitude de l’Hôpital. La vétusté du lieu captive l’attention au point de se remémorer ce qu’a été ce lieu à ses débuts. Construit en 1925 par les missionnaires protestants anglais de BMS (Baptist Missionary Society [Société Missionnaire Baptiste]), cet hôpital a fait la fierté de ce milieu. L’institut des techniques médicales (ITM) de Yakusu qui s’y trouve, recevait des élèves venus du Burundi et Rwanda. En 1933, c’est dans le laboratoire de cet hôpital qu’a été découverte la schistosomiase ou bilharziose (maladie parasitaire due à des vers). Des réactifs et certains médicaments - aspirine, quinine, flacon de perfusion, adrénaline - y étaient même fabriqués.

 

Pas de médicament

Jadis la qualité de soins attirait les malades de Kisangani et de Kinshasa. Les services de radiographie, d’échographie et surtout de l’ophtalmologie (transféré à Lilemo/ Kisangani en 2004 suite au nombre croissant des cas dans la ville) et de lèpre et tuberculose drainaient également les malades. “Tous les services fonctionnaient normalement, on soignait toutes les maladies”, affirme Jean Aloïs Lifeta, administrateur de l’hôpital.

Aujourd’hui l’hôpital accueille en moyenne 150 malades par mois contre 200 à 300 entre 1991 et 2008. D’après le docteur Jean-Pierre Osoko, médecin chef de zone, “tous les hôpitaux du district de la Tshopo sont réhabilités sauf celui de Yakusu”. Pas de médicaments ni d’assistance, moins encore une ambulance, les malades sont envoyés dans les pharmacies privées surtout tenues par les infirmiers à la cité ou sont obligés de venir à Kisangani. Ce qui décourage certains à fréquenter l’hôpital. Les ressources humaines sont pourtant là : deux médecins, six infirmiers diplômés et les élèves de l’ITM.  

Selon le docteur Mabwaka, conseiller au ministère provincial de la Santé, l’Eglise protestante doit reprendre en mains cet hôpital comme font les autres communautés religieuses.

Armand Makanisi

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