De très nombreux témoins vigilants mais pas toujours neutres

Publié le par journalmongongo.over-blog.com

(Syfia Grands Lacs/Kisangani) Très nombreux les témoins des partis politiques présents dans les bureaux de vote pour s’assurer du bon déroulement des scrutins, en ont souvent profité pour influer sur le choix des électeurs. Cependant, malgré leur fatigue, ils ont surveillé attentivement le décompte des voix. Reportage à Kisangani.

 

Dès 5 h du matin, ce 28 novembre, les témoins des partis politiques, regroupements et candidats indépendants ont commencé à prendre d’assaut les bureaux de vote à Kisangani et dans les alentours. “Ne commencez rien sans nous !”, lance l’un d’eux aux agents électoraux qui arrangent encore le matériel dans un bureau de vote à 17 km de la ville à l’école primaire Mikaieli sur la route Ituri. D’autres ne sont arrivés qu’après le début du scrutin.

Dans tous les bureaux de vote, les présidents ont eu du mal à gérer les témoins tellement ils étaient nombreux. A l’école Mikaieli, les deux bancs réservés pour eux étaient pleins. Pour ne pas encombrer le bureau, le président leur demandait de s’y relayer.

Des témoins de l’opposition et de la majorité étaient présents dans tous les centres. Parfois, on trouvait même deux témoins d’un même parti politique qui ne se connaissaient pas alors que la loi n’en prévoyait qu’un par parti.

Certains portaient des badges des partis dont ils oubliaient qu’ils étaient membres même quand le président leur posait la question. Beaucoup n’était pas très actifs. A l’école primaire Limanga à Mangobo, un témoin s’est profondément endormi. “Que diras tu à ton chef ?”, lui demanda la présidente de bureau de vote. D’autres manipulaient leurs téléphones et ne prenaient presque pas de notes. D’autres encore n’avaient pas le même nom sur leur badge et sur leur carte d’électeur. “Certains sont sans formation et ne connaissent pas les manuels de procédure de vote”, explique un président de bureau de vote qui refuse l’accès à l’un d’eux pour identité douteuse.

 

Accompagner les votants dans l’isoloir

Souvent ces témoins ont accompagné les votants dans l’isoloir, surtout les analphabètes et les personnes du troisième âge, incapables de se retrouver dans ces bulletins de vote qui comptaient 8 pages pour les législatives ; avec l’autorisation du président du bureau lorsque l’électeur votait pour le candidat du témoin. “Le chef de centre a permis à une femme d’accompagner plus de 30 personnes qui ne peuvent pas voter eux mêmes dans l’isoloir”, s’indignait une observatrice en colère auprès du président d’un bureau de vote de E.P. Mituku Mangobo. Alors que la loi ne l’autorise qu’une seule fois pour une personne.

Dans de nombreux bureaux de vote dans la commune Lubunga sur la rive gauche du fleuve Congo, des témoins très présents vantaient les œuvres de tel ou tel candidat devant les électeurs dans la file d’attente. Une femme s’en est plainte au centre de vote du Lycée Mufaume auprès du responsable de la police. Au collège Maele, certains témoins proposaient de l’argent (5 $) aux électeurs pour qu’ils votent pour leur candidat. “En sortant du bureau, il m’a plutôt remis 1000 fc au lieu de 5$”, témoigne une électrice.

A l’école primaire Maendeleo, d’autres représentants de partis politiques, assis sur les fenêtres de la salle, les autres debout entre les isoloirs au risque de violer le caractère secret du scrutin, ont outrepassé leurs pouvoirs. “Non, je sais la personne pour qui je vote”, a rétorqué à haute voix un quinquagénaire à un témoin qui le suivait dans l’isoloir.

Ailleurs, une fille avec un badge de témoin attaché à sa chemise a joué le rôle du premier assesseur (qui oriente l’électeur dans le bureau de vote) pour recevoir les électeurs dans un bureau de vote. “Elle aide le premier assesseur qui est un peu lent,” se justifie le président. A l’E P Kabondo, certains témoins faisaient des mimiques pour indiquer aux électeurs qui entraient pour qui voter. “Madame, tu n’es pas là pour saluer tout le monde !”, a intimé le président à l’un d’eux.

 

Affamés et fatigués

Dans l’après-midi, certains de ces envoyés des candidats ont commencé à s’endormir sur les bancs, comme à l’école Kabondo. “Depuis le matin, je n’ai même pas bu de l’eau”, déclare l’un d’eux. Rares sont les candidats et partis qui ont pensé à les nourrir : du pain, une boîte à sardine et une bouteille d’eau minérale pour les témoins de la Fondation du Congo (FC), des biscuits et sachets d’eau pour ceux de la Convention pour la république et la démocratie… Certains ont touché une prime inférieure au coût du transport et ont affirmé faire du bénévolat.

 P.Mikwa, E.Mukuli, H.Basea, T.Boyongo, A. Makanisi, T.Mokiango, C.Uzilo

 

Témoins et observateurs électoraux dans la rue pour être payés

Pour assurer la transparence et la crédibilité des élections du 28 novembre dernier, des partis politiques, regroupements politiques et candidats indépendants ont accrédité de nombreux témoins dans les bureaux de vote. De leur côté, certaines organisations de la société civile ont réparti des observateurs dans de nombreux centres pour surveiller le déroulement des scrutins.

Selon Marien Mwamba, politologue, “ce sont des partis qui n’ont pas de militants réels. Ils ont pris des jeunes par ci et par là pour faire ce travail. Ces jeunes n’ont aucun intérêt même affectif parfois pour le parti. Pour eux, ce qui compte ce n’est pas la victoire du chef de parti mais bien leur argent. S’ils étaient réellement membres du parti, ils auraient été nourris mais pas payés.”

Mais après une journée et une nuit fatigante parfois sans manger, ni boire pour suivre les scrutins puis le dépouillement des votes, la plupart des témoins ont réclamé leur argent entre 5 à 10 $ dès le lendemain, le mardi 29 novembre. Sous le coup de 12 h, environ 200 témoins de la Fondation du Congo (FC), un parti de la majorité présidentielle, sont descendus dans la rue, direction la résidence du président du parti pour réclamer leur prime. “Nous avons travaillé pendant trois jours, donnez nous notre argent”, clamaient- ils. Ce qui a été enfin fait, précise un cadre de FC. Même problème à l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS). Selon son président fédéral, leurs témoins sont des militants du parti qui ne doivent être payés. Lundi 5 décembre, des observateurs nationaux de l’Ong CASE, après un sit in devant leur bureau, ont porté plainte à l’inspection provinciale de la police.

Le 3 décembre, des témoins du Parti lumumbiste Unifié (PALU) ont, pour leur part, envahi le siège de ce parti d’Antoine Gizenga. Ils ont séquestré son responsable jusqu’à ce que leur hiérarchie à Kinshasa les appelle au calme. “On nous a dit, il n y a pas d’argent sur place, nous finirons par casser le bureau et s’emparer des chaises en plastique”, déclare l’un des manifestants.

Trésor Mokiango

Publié dans Mongongo 50

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